Scènes

Jazz sur Lie 2008

Retour d’un week-end dans le vignoble du Muscadet, à écouter du jazz…


Sur le festival, son emplacement dans le vignoble du Muscadet, l’implication des habitants du bourg du Pé-de-Sèvre, le muscadet qui coule à flot, les scènes en plein air, la pluie, la boue et les saucisses grillées aux ceps de vignes, on se reportera aux différents articles *. Oui, Jazz sur Lie est un moment convivial et particulier.

Mais plus encore, c’est la programmation musicale, élaborée par le saxophoniste Alban Darche qui donne ses lettres de noblesse à ce festival champêtre. En invitant jeunes pousses nantaises et vieux briscards internationaux, du solo (Alexis Thérain) au Big Band Jazz sur Lie spécialement créé pour l’occasion, en passant par le trio du pianiste Bojan Zulfikarpasic, Bozilo, Darche donne à entendre une diversité stylistique représentative de la scène actuelle.

Ce big band, justement, monté pour fêter les treize ans du festival, regroupe quelques-uns des meilleurs musiciens affiliés à la galaxie nantaise du label Yolk. Le programme reposait sur des standards (Mary Lou Williams, George Gershwin, Charles Mingus, Jerome Kern…) et les arrangements étaient signés Dominique Le Voadec, Guillaume Hazebrouck et Geoffroy Tamisier. Une belle surprise, car si les thèmes choisis avaient un goût de déjà vu, la finesse et l’espièglerie des arrangements les ont métamorphosés. A cette occasion, on a pu entendre des tutti de cuivres particulièrement ciselés, exécutés sur la corde raide, vu les quelques répétitions préalables. Mais c’est passé ! Patrick Charnois, baryton, et le jeune et prometteur Jimmy Fétiveau, alto, ont fait bonne impression. Les trombonistes Daniel Casimir et Geoffroy de Masure ont su apporter la rondeur nécessaire aux ensembles. Cet orchestre éphémère de treize musiciens a présenté tous les aspects d’un ensemble rodé, preuve de l’intelligence et le la complicité de ses membres.

Certains d’entre eux sont restés sur scène pour le second concert, celui du groupe Le Souffle des terroirs, ensemble de java-jazz, musette improvisée - appelez ça comme vous voulez, mais le résultat donne à danser. Un répertoire de bal par la fine fleur de l’improvisation.


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The New Institute of Advanced Harmony
M. Felberbaum - M. Edelin - Th. Savy - St. Potts. Jazz sur lie, 24 août 2008. Cliché amateur : Matthieu Jouan

Le lendemain, dimanche, sous une pluie fine et perçante, c’est le groupe The New Institute of Advanced Harmony du saxophoniste Steve Potts qui clôturait le festival. Très bonne initiative de programmer cet ensemble et cette musique, qui se fait rare. Autour du saxophoniste, le guitariste Michael Felberbaum, le flûtiste Michel Edelin, le contrebassiste Jean-Jacques Avenel, le batteur John Betsch et le clarinettiste Thomas Savy. Le répertoire, essentiellement composé par Michael Felberbaum et Steve Potts est une succession de thèmes courts aux mélodies rythmiques qui, ensuite, permettent une grande liberté d’improvisation et d’interaction entre les solistes. L’empreinte du blues est partout. Le cri, la liberté, chers aux héritiers du free-jazz sont toujours les deux jambes de cet orchestre. Thomas Savy y a fait une remarquable prestation à la clarinette basse, un instrument trop peu utilisé mais tellement plein de richesses quand il est aussi bien pris en main. L’Institut de Steve Potts ne délivre pas de formation, mais on en sort grandi.

Espérons que ce festival arrivera à survivre aux coupes budgétaires pratiquées dans la culture et continuera à offrir d’aussi belles musiques dans un cadre aussi atypique qu’arrosé.