Chronique

The Letter

Fred Frith Cosa Brava

Fred Frith (g, voc), Carla Kihlstedt (vln, hmca, voc), Zeena Parkins (acc, claviers, voc, objets), Shahzad Ismaily (b, voc), Matthias Bossi (dm, perc, voc, sifflets), The Norman Conquest (sound manipulation), guests : Michael Elrod (tambura), William Winant (concert b-dm)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Tout se joue (ou presque) dès l’introduction du premier thème (Soul Of The Machine) : deux traits de violon qui sonnent comme une alerte inquiétante, mais sont immédiatement repris, contredits et enchaînés à une joyeuse mélodie issue d’un folklore – imaginaire ou réel, peu importe.

Immédiatement embarqué dans l’histoire, on sait qu’on ne la quittera plus, tour à tour fasciné par l’art consommé de Carla Kihlstedt, violoniste et chanteuse indispensable, les unissons vocaux qui sonnent un peu comme Jack Bruce et Carla Bley dans Escalator Over The Hill, la batterie de Matthias Bossi, dont on aime la sombre et grave lourdeur, les arrangements, l’écriture au cordeau de Fred Frith, et toutes ces « histoires » qu’on ne saurait détailler sinon pour dire qu’elles parlent d’aujourd’hui. De cette place qui se nomme « aujourd’hui ». De ce lieu, de cette instance.

Cette musique, c’est quoi au juste ? Du rock bruitiste, éclairé par des mélodies populaires qui n’en sont pas ? Sans doute. Mais surtout du rêve, et parfois des cauchemars, une chose contemporaine qui sait s’imposer sans ennuyer, qui ne se répète pas, qui ne lasse jamais. Pas du jazz peut-être, et pourtant ça en vient quand même, on ne dira ni où, ni comment, parce qu’on n’en sait rien sinon que ça réveille en nous une trace, qui fut celle d’une musique appelée « jazz », et dont nous ne parvenons à oublier ni le nom, ni ce qu’il désigne.

Il y a de la sorcellerie dans cette beauté éclatante.