Scènes

REWILD fait étape à Genève 🇨🇭

REWILD a donné un concert dans une salle comble à l’AMR de Genève.


REWILD © Mario Borroni

REWILD est un objet musical inclassable : Alexandra Grimal a réussi à impliquer des instrumentistes passés maîtres dans la pratique de l’improvisation et de leurs escapades dans les musiques expérimentales et contemporaine. Chaque instrumentiste alimente ce groupe avec ses propres partitions sonores qui aboutissent à ce concept musical en perpétuelle mutation.

REWILD © Mario Borroni

Télescopages assurés, face au public de l’AMR à Genève. Deux entités s’installent, Fred Frith et Alexandra Grimal à gauche, Susana Santos Silva et Marc Ducret à droite. Impérial, Gerry Hemingway n’aura de cesse de canaliser les projections soniques des guitaristes et des soufflantes. Les deux sets qui vont se dérouler permettent de découvrir un collectif lumineux. Constamment sur le fil du rasoir, le quintet aborde une succession de modes de jeux enchevêtrés et l’exigence avec laquelle l’expérience musicale se déroule s’accompagne d’un scintillement de notes. Fred Frith explore une fois de plus un labyrinthe insolite et va mêler subtilement sa voix au foisonnement des objets manipulés sur sa guitare. Une mosaïque de sons s’extirpe de la trompette de Susana Santos Silva, l’éloquence avec laquelle elle régénère la trame musicale fascine l’auditoire. Déterminé comme à son habitude, Marc Ducret attaque le matériau sonore avec des trésors d’inventivité, ses rythmes obsessionnels épousent les motifs foisonnants de Gerry Hemingway. Personnage-clé, le batteur centralise l’énergie collective et sa prestation atteint des sommets dans la seconde partie du concert. L’ingéniosité avec laquelle il construit ses montées en puissance percussives apporte une liberté fondamentale aux solistes qui s’engagent dans des voies insolites. Faites d’embardées inattendues, les improvisations parviennent à atteindre un équilibre stupéfiant. Réussite exemplaire, une succession de climats hétérogènes brouille les pistes avec des lectures de textes et l’apparition de brèves superpositions vocales. Tout ce cheminement musical recentré sur la corporalité décuple l’intérêt de la curiosité du public très concentré.

Constamment sur le fil du rasoir, le quintet aborde une succession de modes de jeux enchevêtrées

Alexandra Grimal surveille, écoute, s’engage dans de délicates interventions tout en allant droit à l’essentiel. Elle polit les angles rythmiques et vise le plaisir immédiat plutôt que des déclamations. Tout en donnant l’impression de redistribuer les rôles, ses interventions au soprano évitent les arêtes vives et visent la fluidité. Son discours conceptuel est teinté d’une mélancolie qui contraste avec les allers-retours rageurs de ses partenaires. La courte pièce de rappel dédiée aux oiseaux, qu’elle a composée, apporte une belle homogénéité à ce concert passionnant.

Réunies dans ce projet où la dilatation des sons atteint des sommets, ces cinq personnalités affirmées créent une fresque imprégnée d’une beauté irrévérencieuse, les explosions débordantes et le répit qui leur succède ne cèdent jamais à une quelconque facilité. Les pulsations lancinantes accolées à des murmures quelquefois déstabilisants font de REWILD un objet vif et multicolore, éblouissant.