Chronique

Tocanne, Martin, Gaudillat

New Dreams nOw !

sortie le 30 août

Label / Distribution : Cristal Records

D’abord il y a le titre : un manifeste. Double filiation revendiquée : d’un côté, Old and New Dreams, quartet composé dans les années 1970-80 de Don Cherry, Charlie Haden, Dewey Redman et Ed Blackwell. De l’autre, We insist ! Freedom now suite, de feu Max Roach, brûlot musical entre tous.

Il y a aussi une pochette. Rouge, au cas où il vous resterait un doute. Belle, avec une peinture qui s’écaille par endroits sur un peu de bleu. Pas du bleu gendarme : du céleste, de l’azur.

Il y a ce « O » majuscule au milieu de « nOw » qui vous donne l’envie - l’espoir ? - de le lire à l’envers : new dreams won !

Et un trio : Bruno Tocanne à la batterie, Rémi Gaudillat à la trompette, Lionel Martin, aux saxophones. La même instrumentation qu’Old and New Dreams, à la contrebasse près, comme un discret appel au dernier survivant - bien vivant - du quartet : Charlie Haden - ou une façon de dire qu’on ne le remplace pas.

Ces musiciens-là ne fréquentent pas les tours d’ivoire : artistes engagés dans un monde déboussolé, ils nous font don d’une musique directe, accessible sans simplisme, libre sans concession.

En l’absence de contrebasse (on croit pourtant l’entendre parfois, comme dans le premier titre très « hadenien’, »Dans la continuité de ce qui va suivre"), l’harmonie repose à tour de rôle sur les deux instruments mélodiques, souvent par le biais d’ostinatos, mais aussi... sur la batterie. Ce qui en dit long sur le travail de ciselage auquel se livre le trio, mine de rien. La trompette solaire de Rémi Gaudillat, les saxophones souples et puissants, parfois ironiques, de Lionel Martin sinuent entre unisson et contrepoint, jouent à deux, voire trois voix dans un espace sonore sculpté à même le silence par un Bruno Tocanne très coloriste.

Douze titres. Deux reprises : « Dewey’s Tune » de Dewey Redman, à la facture très hard-bop, et « Secret Marriage » de... Sting, qui donne sans doute l’une des clés de l’album : la volonté d’enrichir le répertoire jazz actuel de nouveaux « standards » empruntés à la musique populaire de notre temps.

Huit compositions originales (et deux clins d’œil d’une demi-minute), qui apparaissent elles aussi comme autant de probables futurs standards : des thèmes qui se mémorisent aisément et que vous n’avez pas fini de chanter dans la rue (« Sables mouvants », « Peace for Don »), qui vous appellent au déjantage sur chorus (« La danse des antécédents »), des ballades presque monkiennes (« So Strange But So Sweet », « Crépuscule avec Nellie »). Tous ont cette façon de paraître familiers à vos oreilles dès la première écoute, sans renoncer à vous surprendre et à se/vous faire plaisir.

Une succession de morceaux qui parlent - sans paroles - de colère, de fraternité, d’espoir, de tendresse et de révolte. De liberté surtout. Les nouveaux rêves sont faits de chair et de sang.