Chronique

Anna Gadt

Coincidentia Oppositorum

Anna Gadt (voc), Warsaw Cello Quartet

Label / Distribution : Fundacja Słuchaj

Lors de notre récent dossier sur la Pologne, nous évoquions la chanteuse Anna Gadt, très populaire dans son pays. Quasiment inconnue en France, il faut compter sur le label Fundacja Słuchaj ! pour nous présenter son travail dans un disque assez fascinant ; habitué à nourrir une discographie internationale, il est intéressant que FS ouvre également la porte à une production locale, plus encore quand elle se situe, comme ici, dans un subtil entre-deux entre jazz vocal et musique contemporaine, délicieusement interprété par le Warsaw Cello Quartet [1]. « Wolf », par exemple, est un curieux marasme, sombre comme une forêt éprise de magie, où les violoncelles tout en nappes et en attaques se frottent à un scat vaporeux.

Anna Gadt est une interprète saisissante. Basé sur des textes d’Emily Dickinson, son échange avec le quartet est d’une finesse rare. La voix de Gadt est joueuse, mais jamais elle ne cherche de posture : dans la langueur des archets, sur « Songs of The Open Road », elle fait lecture plus qu’elle ne chante, ponctuant par de jolies enluminures colorées. « Lo que es para uno es para uno » offre un travail atonal des violoncelles qui rythment un chant de rupture. On doit à cette musicienne polonaise un très beau Renaissance Gesualdo qui travaillait la même veine : celle de la confrontation entre l’improvisation, remarquable dans « Collapse #2 », et la musique écrite. Une direction qui se résume par le titre de l’album, Coincidentia oppositorum.

Car ce sont bien à la fois la force des oppositions et la magie de la coïncidence et du fortuit qui sont ici à l’œuvre. Ainsi « Tuga », sans doute le plus beau morceau de cet album, est un magnifique échange de forces égales où le premier violoncelle s’échappe avec la voix de Gadt. Leurs timbres se ressemblent tant qu’il règne une confusion pleine de poésie. Écrit avec le très jeune compositeur contemporain Milan Rabij, cet échange entre formel et informel dans la liberté des archets est d’une grande beauté.

par Franpi Barriaux // Publié le 22 février 2026
P.-S. :

[1Jakub Pożyczka, Dominik Frankiewicz, Filip Sporniak, Wojciech Bafeltowski