Valencia, Lopez, Moran
Tarabita Espiral
María Valencia (as, bcl), Brandon Lopez (b), Matt Moran (vib)
Label / Distribution : Relative Pitch
Si le Venezuela a le pétrole, ce qui ne va pas sans attirer les mouches impérialistes, le reste du sous-continent américain constitue un gisement sans pareil de jeunes femmes saxophonistes. L’Argentine fait partie des pionniers avec Camila Nebbia ou Ada Rave, mais voici que la Colombie nous propose d’écouter María Valencia, qui anime la scène de Bogotá depuis de nombreuses années. Elle n’est pas une inconnue en France, puisque le Périscope de Lyon l’accueillit en résidence en 2020, ce qui permit des collaborations avec la vivante scène dauphinoise, avec le collectif Dur & Doux notamment. De ce passage témoignent quelques enregistrements, dont Los Suflantes, un témoignage capté sur un label colombien, La Distritofónica, qui accueille les enregistrements de Valencia.
Ici, María Valencia explore en trio la scène nord-américaine et plus particulièrement new-yorkaise, non sans s’adjoindre le concours du Cubain Brandon Lopez dont la contrebasse centrale fait la transition dans un instrumentarium peu commun. En effet, c’est le vibraphoniste Matt Moran qui vient fermer le triangle, dialoguant à merveille avec les multiples couleurs de la saxophoniste, usant de masques pour créer une nappe commune, productive, que la contrebasse, tantôt très percussive, tantôt à l’archet, vient bosseler, malaxer avec un bonheur certain (« Del río, los abejas y otras criaturas »).
Jouant au début à l’alto, comme pour donner une certaine urgence, Valencia troque rapidement le saxophone pour la clarinette basse, beaucoup plus profonde dans ce contexte très improvisé. Le travail de Moran est alors crucial, roulant sur ses percussions à clavier pour créer un écho permanent très troublant pendant que Lopez, comme il le faisait dans son Nada Sagrada utilise sa contrebasse comme un instrument de percussion où le bois a la même importance que les cordes ; c’est à ce moment que l’alto revient tout bousculer et ramener au silence (« Pequeños pasos evitan el abismo ». Paru sur le label Relative Pitch, toujours friand de ce genre d’atmosphère qui offre le temps long, Tarabita Espiral est à noter jalousement dans son bloc-note : nous n’avons pas fini de parler de María Valencia.
