Chronique

Anne Quillier

Dusty Shelters

Anne Quillier ( p, Fender, comp), Aurélien Joly (tp), Pierre Horckmans (cl), Grégory Sallet (saxes), Michel Molines (b),Guillaume Bertrand (dms)

Label / Distribution : Pince Oreilles

Ce n’était pas évident, surtout après un premier album très remarqué, de franchir la périlleuse étape du deuxième album.
Pile deux ans après Daybreak, quelques concerts un peu partout et une poignée de projets d’envergure (Blast, Watchdog, No Mad ?…), le sextet conduit par Anne Quillier est donc de retour avec Dusty Shelters, toujours sur le label du collectif Pince-Oreilles. Pas évident donc, mais pourtant franchi avec l’aisance d’un talent confirmé et l’élégance d’une identité affirmée.

Le propos est abouti, intimiste, voire introspectif. Une musique qui se creuse, laissant apparaître des trésors au fil des huit morceaux de l’album. Tantôt festif sur “Qulture”, tantôt plus sombre voire épique avec « Let Sleeping Dogs Lie », cet album est fait d’histoires, toujours emplies d’émotions. On se laisse volontiers saisir par les images que la musique nous procure, pour nous immerger dans cette atmosphère singulière, un peu comme dans une BD de Manu Larcenet, souvent cité par la pianiste, tant pour Blast qui lui doit son nom que pour les héros injustement méconnus auxquels le sextet rend hommage ici pour la deuxième fois.

Quoi qu’il en soit, on est bien loin d’un Daybreak « bis », et Anne Quillier, qui a décidément des choses à dire et sait s’entourer pour les dire, nous propose ici une nouvelle page. L’interprétation est fluide, et il ne fait pas de doute que ces artistes aiment et maîtrisent l’art du dialogue, de la musique qui se partage. Le tout servi par un son impeccable, avec une fois encore Adrian Bourget aux manettes, qui a su capter et restituer l’énergie du sextet - mention particulière au soin apporté à la batterie de Guillaume Bertrand qui n’a jamais si bien sonné !

Les collaborations qui tiennent dans la durée, on a beau dire, ça donne de belles choses, et ce Dusty Shelters l’illustre parfaitement. Un disque qui devrait permettre au sextet de poursuivre sa belle route en prenant de la hauteur. Rien ne serait plus mérité.