
Blažíková, Kabátková, Romanovská, Tichý, Hrubý, Kugel
It is a Garden That Has a Name
Hana Blažíková, Barbora Kabátková (voc, hp), Anna Romanovská (vln, koto) Klaus Kugel (perc), Petr Tichý (b), Michal Hrubý (cl, bcl)
Label / Distribution : Strudel Records
Dans la myriade de musiques formidables qui se situent aux confins des genres, dans les contrées à défricher, sortent souvent des surprises et des orchestres a priori improbables dans leur forme et leur proposition et qui vous emmènent loin. Au plus proche du plaisir. Ainsi va It is a Garden That Has a Name, sorte de jardin des délices où la musique improvisée et les instrumentations jazz croisent sans posture les voix et les harpes issues de la musique ancienne. C’est le percussionniste allemand Klaus Kugel, habitué des projets dans le champ du free jazz et ici partie prenante, qui a attiré notre attention sur ce disque tchèque renouant avec la tradition d’avant-garde de ce pays d’Europe Centrale. Le sextet compte parmi ses membres la grande chanteuse lyrique Hana Blažiková qui interprète Monteverdi ou Barbara Strozzi [1] et qui joue ici aussi de la harpe, comme sa compatriote Barbora Kabátková. Ce sont elles qui entonnent à deux voix le profane « Lavandose le mane e’l volto bello » où les percussions de Kugel croisent la contrebasse de Petr Tichý.
Il y a quelques années, le violon et le koto d’Anna Romanovská, remarquable dans ce projet où elle est centrale (« It is Still Autum ») croisaient déjà Tichý et la clarinette basse si pure de Michal Hrubý dans un très beau Oh Tomcat [2] qui sert de matrice esthétique à ce somptueux projet. Les cordes pincées du koto font très bon ménage avec ses cousines harpes et plongent cette musique dans une beauté à part où la parole est libre et où l’improvisation règne en maîtresse. Il suffira de se plonger dans « On a Day Like Today The Tones Sound Completely Different » pour en comprendre la complexité mêlée d’évidence brute, quand les cordes frottées lustrent la nappe environnante de la clarinette basse, au milieu des voix psalmodiques. On est totalement emporté.
Paru sur le label tchèque Strudel Records, ce disque a tout ce qui peut fasciner. Mélange de radicalité et d’étrange, travail impeccable des timbres et des sensations brutes, le sextet propose une œuvre où les strates de musique, comme les directions prises, sont multiples et sécantes. On s’arrêtera volontiers sur le final « She Was Just an Echo of the Sound » pour en saisir parfaitement la beauté surnaturelle et cryptique, à moins que ce ne soit cette mise en musique magnifique et hors du temps d’un texte du philosophe tchèque du XVIIe siècle, Jan Ámos Komenský [3]. Une très belle surprise.

