Chronique

Altavoz

Altavoz

Jérôme Soulas (farfisa, acc), Lucien Alfonso (vln, voc), Patrick Gigon (dms), Wassim Halal (perc, 5), Karsten Hochapfel (cello, 5)

Label / Distribution : Camille Productions

C’est d’abord la pochette qui interpelle chez Altavoz. Chamarrée, dessinée et coloriée à la main, on la croirait fraîchement sortie des seventies avec son lettrage imitant un sanskrit qui se transformerait en bestioles rigolotes. Un mélange de Génie des Alpages et de Tomi Ungerer, une faune tout entière lyophilisée dans le langage. C’est le dessinateur belge Brecht Evens qui l’a conçue, et son carnaval des animaux en dit plus sur le disque que n’importe quelle chronique. Une esthétique qui évoque les expériences de cocktails tous azimuts qui ont fait la joie des chineurs et autres DJ dans les années 90 : afro-beat, jazz fureteur, chant populaires traditionnels qui cherchaient l’exotisme au bout de la rue chez les réfugiés politiques des Balkans, d’Amérique du Sud ou du Moyen-Orient, psychédélisme latent.

Ça tombe bien, c’est exactement ce que le disque contient. Le son caractéristique de l’orgue Farfisa de Jérôme Soulas sent bon les galettes de vinyle, et quand il joue de l’accordéon, celui-ci se farde de toutes sortes d’effets électriques. Idem pour le violon de Lucien Alfonso, qu’on a tant aimé chez les autres voyageurs d’Odeia, dont l’électricité sur le très yougoslave « Kubolor Kolo » fait songer aux effusions du jazz-rock sans en revêtir les clichés. Rassurons nous, Altavoz enterre vite l’esprit vintage ; la batterie foutraque mais puissante de Patrick Gigon, marquée par son passage par la Lutherie Urbaine, rappelle que le groupe vit dans son époque. Et que ce temps est à la danse. Une danse qui va chercher des liesses enfantines dans un « Ladybug » que ne renierait pas Pascal Comelade, ou s’enivre de litres d’ouzo de contrebande (« Le Grec », chancelant mais superbe).

Sur ce dernier titre, le percussionniste Wassim Hallal, de Bey.Ler.Bey croise les cordes du violoncelles de Karsten Hochapfel de Odeia. Les deux invités font partie de cette même grande famille de ces musiciens folk qui ne s’enferment pas. Tous ensemble, ils invoquent quelques souvenirs des utopies de Sono mondiale qui exaltèrent les années 60 et 70 (« Maqsum »). On songe effectivement à mille influences en écoutant Altavoz. Ce n’est pas de l’éparpillement, c’est de l’exubérance. Du bonheur de jouer, de mettre de l’électricité dans de vieilles ritournelles pour leur offrir une part d’imaginaire. De loin en loin, on pense à des orchestres comme Stabat Akish dans cette approche iconoclaste de la route de l’Orient à la fois frondeuse, joyeuse et diablement entraînante. Elle dépasse même largement ces horizons pour cheminer vers le centre de l’Afrique, dans un « Vim ! » bouillant où il faudrait être de marbre pour rester en place. Comme Hildegaard Lernt Fliegen, qui démontre quelques similitudes dans l’élégance de certains morceaux (« Kakedila »), Altavoz est de ces formations qui racontent des histoires. De celles qui transportent. De celles que l’on aime.