Christian Sands
Embracing Dawn
Christian Sands (p), Yasushi Nakamura (b), Ryan Sands (d)
Label / Distribution : Mack Avenue Records
Le pianiste Christian Sands, en qui Wynton Marsalis voit « une star du jazz du futur », propose dans ce cinquième album sous son nom un voyage dans son intériorité en alignant des compositions qui sont autant de paysages mentaux issus de l’expérience du deuil.
Commencer ce disque avec le standard « Good Morning Heartache », sans aucune intervention vocale alors que la version de Billie Holiday semble indépassable, il fallait oser. Le jeu de piano se singularise par des harmonies étendues et des variations rythmiques subliminales, entremêlant révérence pour le blues le plus profond et traits impressionnistes, sculptant les silences entre blue notes, arabesques et trilles. L’ensemble des morceaux est nimbé d’intentions des plus contemporaines, oscillant entre nu-soul, tropisme second-line néo-orléanais, incorporation d’une rythmique trap aux accents monkiens, jazz-rock (de belles interventions guitaristiques donnent à des compositions une profondeur bluesy renforcée par un harmonica crépusculaire) et be-bop (célérité parfois, harmonies angulaires). Chaque choix relevant des étapes du voyage émotionnel auquel nous sommes convié·es.
C’est peu dire que le leader a recruté une rythmique en rapport avec son jeu pianistique : son propre frère, Ryan Sands, est un batteur d’une remarquable économie dans ses choix, tandis que le contrebassiste, Yashushi Nakamura, semble arbitrer le dialogue fraternel. Un trio de cordes agrémente les récits, leur donnant une dimension cinématographique. Avec son art de faire advenir des images issues de sa psyché, et d’en partager les motifs avec l’auditeur·rice, Christian Sands signe là un disque où maturité et sensibilité se conjuguent avec brio.

