Chronique

François Jeanneau & Friends

Une anche passe

Label / Distribution : Anima Persa Éditions

Afin de rester fidèle à l’état d’esprit de François Jeanneau qui avait pris soin de nous préserver d’une lecture chronologique de son autobiographie, il est plutôt conseillé de piocher dans ces trente morceaux pour les écouter au gré de vos envies. On constate ainsi que le saxophoniste est résolument tourné vers l’avenir, quelle que soit l’époque. Ces enregistrements retracent des étapes importantes de la construction de son langage musical qui a inspiré plusieurs générations d’instrumentistes en France.

Si François Jeanneau est l’une des personnalités les plus marquantes de la direction d’orchestre comme dans la longue pièce « Lassitude » exécutée avec l’Orchestre National de Jazz, il demeure un improvisateur constamment sur le qui-vive. Entouré par Klaus Koenig, Peter Frei et Pierre Favre, ses interventions successives au ténor et au soprano qui étoffent « Suite éolienne » sont étourdissantes. Avec le sextet de Georges Arvanitas, le saxophone se confronte à la trompette de Bernard Vitet afin de faire décoller les standards « Milestone » et « Hi Fly » où le tromboniste Luis Fuentes se rappelle à notre bon souvenir. L’île de la Réunion, indissociable du parcours aventureux de François Jeanneau, s’incarne avec le morceau traditionnel « Le Rwa dans le Bwa » et « Oté La Rényon » écrit par Danyel Waro. Souvenirs exquis de Maloya Transit et du Trio Tambour de la Réunion animé par Christian Daffreville, Gilbert Mariapin et Nicolas Moucazambo. Le compositeur renommé n’est pas en reste dans cette succession de pièces musicales, l’écriture exclusive qui parcourt « After the Dream », « Tetrameron III », « Tetrameron IV » au même titre que « Boucan Canot », sublimé par l’Atelier des étudiants du CNSM, reflète le style inimitable de François Jeanneau.

Le Quatuor de Saxophones où l’on retrouve associés à François Jeanneau Jean-Louis Chautemps, Jacques Di Donato et Philippe Maté, a étendu sa renommée bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Les deux albums qui furent publiés, Double Messieurs et Mad Sax 2, ont poussé loin l’art de la conversation. « Vade Retro Saxtanas » souligne la part d’inventivité qui animait ces quatre disciples d’Adolphe Sax. Méticuleuse, la conception sonore qui émane de la composition de Billy Strayhorn « Chelsea Bridge » confine à l’extase, les claviers d’Emil Spányi s’accordent avec élégance à la pensée musicale du saxophoniste. Ces choix esthétiques assumés de longue date par François Jeanneau et l’influence artistique qui en découle sont en tout point remarquables. Une anche passe témoigne d’une œuvre musicale à redécouvrir d’urgence.

par Mario Borroni // Publié le 22 février 2026
P.-S. :

Avec Walter Thompson, Emil Spányi, Viktor Komenkov, Katia Labèque, Uli Lenz, Orchestre de Chambre de Lausanne dir. Christophe Mangou, Ateliers des étudiants du CNSM, Mátyás Szandai, Joe Quitzke, Klaus Koenig, Peter Frei, Pierre Favre, Jean-Louis Chautemps, Jacques Di Donato, Philippe Maté, les étudiants du Conservatoire de Montreuil, Georges Arvanitas Sextet, Bernard Vitet, Luigi Trussardi, Luis Fuentes, Jack Dieval, Art Taylor, Gilles Ballet, Patrick Brung, Patrice Caratini, François Verly, René Dagognet, Jean Lucas, François Guell, Denis Moog, Jean-Luc Déat, Christian Mariotto, Orchestre National de Jazz, Maloya Transit, Trio Tambour de la Réunion, Youth Almaty Jazz Band, conservatoire d’Antony dir. Olivier Guyon, Philippe Macé.