L’histoire du jazz est constellée d’étoiles devenues incontournables. Charlie Parker est l’une de celle-ci et son héritage musical continue d’influencer une liste considérable de saxophonistes. Parmi les seconds couteaux qui ont adopté le phrasé parkerien, on ne peut faire l’impasse sur Sonny Criss. Son envol survient alors qu’il participe en 1948 à la tournée Jazz at the Philharmonic organisée par Norman Granz. Dès lors, il ne va cesser de se confronter aux spécialistes du bebop.
Sélectionnés par Alain Gerber, trente morceaux se succèdent dans ce double album publié par Frémeaux & Associés qui couvre une période comprise entre 1947 et 1958. Dès avril 1947 le jeune altiste s’impose dans la formation Just Jazz de Gene Norman où l’on remarque le trompettiste Howard McGhee et le pianiste Dodo Marmarosa. Cet enregistrement n’est pas exempt de souffle et de craquements mais le morceau « Hot House Pt. 1 & 2 » écrit par Tadd Dameron est décidément très contagieux. Co-écrit par Johnny Green et Edward Heyman, « Out Of Nowhere » s’épanche avec une élégance rare, les solistes impressionnent par leur capacité à ensorceler ce standard au sein du sextet du trompettiste Al Killian. Un cap est franchi en 1949 lorsque Sonny Criss enregistre avec son quartet l’une de ses compositions, « The First One ». Accompagné de Hampton Hawes, Iggy Shevak et Chuck Thompson, la troupe fonce tête baissée sur un tempo rapide.
C’est en 1955 que Sonny Criss partage la vedette avec le trompettiste Harry Edison dans le quintet du batteur Buddy Rich qui sublime le jeu de balais à la caisse claire dans « The Two Mothers ». L’année suivante, l’altiste enregistre « Alabamy Bound » sous son nom en quintet. Deux virtuoses y rivalisent en vélocité d’interprétation, le pianiste Kenny Drew et le guitariste Barney Kessel. Sonny Criss se plonge dans les racines du blues avec « West Coast Blues », issu de sa plume, et c’est en 1958 qu’il enregistre une autre de ses compositions, « Sylvia », magnifiée par la masse orchestrale où se distinguent Ole Hansen, Wynton Kelly, Bob Cranshaw et le pétillant Walter Perkins. La carrière artistique de Sonny Criss va connaitre plusieurs péripéties : il s’installera un temps à Paris où il bénéficiera d’une certaine reconnaissance et, de retour aux États-Unis, il enregistrera de nombreux albums. Un cancer de l’estomac le décidera à mettre un terme à sa vie avec un revolver en 1977, il venait juste d’avoir cinquante ans.
