Scènes

Giant Turtle Rock

Erik Truffaz passe à Bruxelles présenter son dernier album, The Walk of the Giant Turtle



Dans un Studio Athanor bondé, le quartet d’Erik Truffaz (sans Nya, et Benoît Corbeau à la place de Patrick Müller) vient présenter leur nouvel album, The Walk of the Giant Turtle.


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Jos L. Knaepen


Au final, un constat s’impose : Truffaz a pris un virage rock. En effet, c’est le cas pour environ la moitié morceaux joués ce soir. Giuliani et Erbetta propulsent le groupe de très belle manière, le premier en usant de distorsion (parfois à la limite d’un son punk) et de vamps funk-rock, le second en fournissant des rythmes binaires bien appuyés et superbement exécutés.


Le groupe fonctionne plus à l’énergie et au groove collectif qu’au raffinement des recherches mélodiques ou harmoniques : Truffaz énonce des mélodies simples (parfois un peu trop, à mon goût) et coulées (intervalles rapprochés) dans lesquelles la reverb a toute sa place. Le groupe est l’unité de base plutôt que l’individu : les solos de Truffaz, pas si fréquents que ça, restent dans le cadre de la chanson et du son collectif. Il n’y a que Corbeau (ingénieur du son ayant enregistré deux des albums de Truffaz), avec deux solos électriques dans un style psychédélique années 70 pour brièvement se mettre en avant. Les deux autres ne prennent pas de solo.


L’autre moitié des morceaux seront plus familiers aux fans de Truffaz. On retrouve de la drum’n’bass fine sur le morceau-titre de l’album (qui bénéficie d’un arrangement intéressant, puisqu’il commence avec une mélodie jouée au piano acoustique aux cordes étouffées et un rythme à la régularité quasi-militaire tapé sur des « casseroles » posées sur la batterie). Deux autres morceaux montrent que Truffaz n’est pas insensible au versant plus commercial de l’électro-jazz : quatre temps marqués à la grosse caisse et basse disco-funk sont alors de rigueur.


Tant qu’on ne cherche pas midi à quatorze heures, c’est-à-dire qu’on prend cette musique comme musique de défoulement, de danse et de fun (ma compagne me fait la remarque : « Il revit ses années d’adolescence ! »), on ne s’arrêtera pas sur la facilité de l’écriture, un cadre musical très « carré » (peut-être dû aux circonstances du « concert-presse ») ou les ressemblances un peu trop frappantes entre Truffaz et Miles, aussi bien dans la trompette que dans la gestuelle (même s’il s’en défend). A ces détails on préfèrera entendre le groove fantastique généré par Giuliani et Erbetta, et on s’amusera.

par Mwanji Ezana // Publié le 28 mars 2003
P.-S. :

Merci à Jacques Prouvost !