Chronique

Günter « Baby » Sommer & Till Brönner

Baby’s Party

Till Brönner (tp, flh), Günter « Baby » Sommer (dms)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

La rencontre de deux générations, de deux virtuoses, de deux Allemands. D’autant d’Allemagnes ? Le mur est tombé depuis presque 30 ans et ces choses-là ne comptent plus ; le trompettiste Till Brönner de Mönchengladbach, à l’Ouest, avait 18 ans et Günter « Baby » Sommer, de Dresde, à l’Est, 44. Il n’empêche que leur histoire est différente, et à écouter « Third Shot », leur rencontre est fructueuse et chaleureuse. Le morceau est chaloupé et diablement musical. Sommer, dont on connaît le goût pour les couleurs et les facéties, s’amuse à reprendre les phrases musicales sur ses tambours, pendant que le soufflant s’échappe avec ce qu’il faut d’écho pour créer de l’espace. Les improvisateurs se découvrent et prennent le temps de le faire.

A priori, on pourrait les penser très éloignés. Pas par le temps et l’histoire, mais par les pratiques : Brönner aime les ambiances lumineuses et sucrées, il n’est jamais loin de la pop dans ses productions personnelles, ce que l’on peut ressentir dans l’étincelant « A Nap in Between » où il cherche avant tout à évoquer la chaleur. Günter Sommer s’inscrit plus dans la tradition de l’improvisation européenne, dont il est l’un des grands visages. Pourtant, dans le morceau évoqué précédemment, il apporte à son compagnon un soutien amusé et installe un tropisme africain qui tangente tout l’album. S’il y a une ligne commune, elle réside dans le plaisir du jeu, parfois enfantin (« Flinke Besen », turbulent à souhait).

C’est la fête, en quelque sorte. Günter a invité Till et c’est la Baby’s Party. Ainsi, il se passe ce qui arrive dans les fêtes : le propos est souvent décousu,voire tonitruant. Il y a des temps forts, où tout remue, et d’autres faibles où les discussions s’étendent, chargées de climats psychotropes (« A Soft Drink in Between ») ; surtout, le rire domine, comme la complicité. Jamais Sommer ne joue le patriarche qui promeut son jeune collègue, et c’est d’égal à égal qu’ils terminent ce disque paru chez Intakt Records, un tantinet brouillon mais réjouissant par sa grande légèreté.