Joy Guidry
Five Prayers
Joy Guidry (bsn, fx), Diego Gaeta (elec), Elizabeth Steiner (hp)
Label / Distribution : Jaid Records
Plusieurs mois après Amen, un album remarqué par sa profondeur et la douceur alentour, on retrouve la bassoniste Joy Guidry avec un nouveau projet que l’on pourrait qualifier de gémellaire : on se souvient de l’immense perruque afro que portait la musicienne. Elle est désormais ôtée de son chef et portée par des mains inconnues, comme une relique. Five Prayers n’a pas la miséricorde d’Amen, où des nappes profondes se mêlaient à des gospels venus du fond de l’âme. Ici ne restent que les nappes. Massives et rassurantes. Et Joy Guidry, seule. Puissamment seule. Oui, il y a une dimension christique dans ce choix iconique totalement assumé. La musique lui donne sa cohérence.
« You’ve Done What You Can » est languide et profond, sans acrimonie sous-jacente comme le titre pourrait le laisser penser. Le basson se confronte d’abord à une solitude assumée jusque dans les échos. Et puis à force d’électronique, ces échos se transforment en nappes, se doublent de la voix psalmodiée de Guidry, comme une entité éthérée qui répondrait au questionnement intime qui est tout sauf une plainte. C’est un dialogue par-devers soi que Joy Guidry propose sans impudeur, comme si les questions qu’aborde ce dialogue au miroir avaient quelque chose de totalement universel. Idem pour « Myles » où Joy Guidry n’est pas seule ; c’est l’électronicien Diego Gaeta, déjà présent sur Amen, qui l’assiste, ajoutant des boucles ambient et la couleur spatiale d’un clavier à une prière qui prend cependant une autre dimension.
Ambient, le mot est lâché, et toute la musique de Joy Guidry prend alors les atours d’une musique électronique travaillée et flottante, quelque chose d’intensément profond qui pourrait rappeler Jeff Miles dans la direction prise. Dans ce solo accompagné, Joy Guidry ne croise pas que la route de Gaeta, puisque la harpiste Elizabeth Steiner le rejoint le temps de « Hold And be Held », une des cinq prières qui évoque l’humanité et la bienveillance. Mais c’est avec Diego Gaeta que la bassoniste livre sa grande œuvre, « I Know You’re Here With Me », long morceau atmosphérique où les overdubs de basson se mêlent aux chants d’oiseaux et à des harmonisations planantes de clavier. Un disque à écouter dans toute sa profondeur.

