Chronique

Joy Guidry

Amen

Label / Distribution : Whited Sepulchre Records

Installée depuis de nombreuses années en Californie, la bassoniste Joy Guidry avait particulièrement marqué les esprits en 2022 avec son album Radical Acceptance qui, pour servir un discours farouchement progressiste, proposait une musique elle-même très radicale, faite de nappes et de ruptures où l’on avait plaisir à retrouver le contrebassiste Nick Dunston : le timbre de son basson se mariait à merveille avec l’archet du contrebassiste. Classée très vite parmi les grands espoirs de la Creative Music, la musicienne originaire du Texas n’avait certainement pas tout dit dans ce premier album, où certains morceaux s’emplissaient déjà d’une grande spiritualité et d’une volonté de s’affirmer en tant qu’artiste queer. Pourtant, la surprise fut grande à l’écoute de cet Amen, où l’on a le sentiment que Guidry s’est livrée toute entière.

« Psalm 138:7 » renoue avec ce goût pour les nappes puissantes et entêtantes dont son basson semble s’extraire avec une grande légèreté, comme une libération. Débarrassée des chaînes de son identité, Guidry avait besoin de renouer avec la musique de ses origines, un gospel texan puissant et galvanisant qui, par sa simplicité, lézarde les mêmes murs que le free et donne de la voix, sans le recours aux batteries omniprésentes dans Radical Acceptance (seule Jessie Cox est aux percussions). Il y a dans « Members Don’t Get Weary », au cœur de la voix de Jillian Grace, la force immense de l’orchestre qui pousse les chanteurs à se dévoiler. Le résultat, notamment les échanges chaleureux entre le basson et le saxophoniste Morgan Guerin : toute l’écrasante moiteur du Texas, mais libérée des chaînes de toutes les dominations, sexuelles ou raciales. Amen va chercher sa musique au fond de notre âme, revendique une culture et une liberté qui s’imposent par son éclat.

Dans l’orchestre qu’a constitué Joy Guidry, on est ravis de retrouver la tromboniste Kalia Vandever, dont l’entente avec le basson est immédiate. Sur le magnifique « Angel », sommet incontesté de cet album, elle apparaît dans la chaleur d’une discussion entre le pianiste Jon Thomas et le contrebassiste Tyrone Allen. Elle rehausse un album important et nécessaire qui remue l’âme et nous invite séance tenante à inscrire le nom de Guidry parmi les artistes à suivre absolument.

par Franpi Barriaux // Publié le 3 novembre 2024
P.-S. :

Joy Guidry (bsn, elec, fx), Jillian Grace, Ekep Nkwelle, Jay St. Flo, Niecy Blues, Keiyaa, Alexvndria (voc), Kalia Vandever (tb), Morgan Guerin (ts, voc), Tyrone Allen (b), Jon Thomas (p), Jessie Cox (perc), Diego Gaeta, Brandon Cordoba (cla), Scott Li Synth (vln).