Chronique

Laurent Stoutzer Praxis

Sounds of Movies

Laurent Stoutzer (g, electronics), Bruno Angelini (p, rhodes, electronics), Arnault Cuisinier (b), Luc Isenmann (d)

Label / Distribution : ACM Jazz Label

Originellement, le Laurent Stoutzer Praxis était un quartet constitué d’un trio acoustique en plus d’une guitare sur-amplifiée, c’est-à-dire utilisée simultanément avec deux amplificateurs. La configuration a évolué car si Arnault Cuisinier et Luc Isenmann travaillent en acoustique, Bruno Angelini est passé à un jeu où il utilise, outre le piano, Rhodes et électronique. Comme dit de lui Laurent Stouzer, « il prend un réel plaisir à bidouiller ». Ceci dit, et indépendamment de cette évolution, l’opposition entre une forme acoustique et une forme électronique est caractéristique de ce projet. Mais plus encore que la nature de l’opposition, c’est l’opposition elle-même qui définirait le mieux Praxis. Laurent Stoutzer nous dit que la mise en rapport d’éléments qui, a priori, n’ont rien en commun permet de sortir d’une zone de confort. Et d’ajouter que « ça oblige à travailler notre cervelle et notre imagination ».

Aussi comprendra-t-on que l’écriture est fondamentale. Elle constitue le matériau premier qui permet à la fois d’initier et de stimuler l’improvisation. Elle est en outre volontairement complexe de manière à produire cet inconfort créatif. L’écriture en canon, les mélodies inversées ou décalées, tout cela contribue à créer les conditions d’une musique qui sort des esthétiques qu’on a l’habitude de croiser. A ce titre, on imagine que l’engagement des musiciens est également physique. Or, sans avoir abordé directement cette question, Laurent Stoutzer fait le parallèle avec le hockey sur glace, un sport qu’il a pratiqué de manière intensive et à haut niveau auparavant. La nécessité de réagir très rapidement, de manière spontanée mais avec une riche palette de gestes à disposition, la maîtrise de trajectoires possibles en grand nombre – d’où le titre de l’album – le souci de ne pas être attendu, de surprendre « l’adversaire » constituent autant d’éléments de ce que Laurent Stoutzer appelle « une science de réflexes ». Il n’y a qu’un pas avant de faire le parallèle avec la musique, un pas qu’il franchit bien entendu. Lui ne veut pas de musiciens qui exécutent, même de manière originale, une musique écrite en amont. Si l’écriture est le déclencheur, la prise de risques doit être continuelle. A ce titre, la sur-amplification de la guitare permet d’acculer les autres musiciens, de provoquer leurs réactions et, en retour, de stimuler la sienne.

Sounds of Movies, largement influencé par les musiques contemporaines – Laurent Stoutzer cite volontiers György Ligeti – est une ode au mouvement. Sa construction mise sur l’intelligence. Pari réussi.