Sur la platine

Le souffle des deux grands

33 + 45 = 78


Ben Webster/Gerry Mulligan

Ben Webster (ts), Gerry Mulligan (bs), Jimmy Rowles (p), Leroy Vinnegar (b), Mel Lewis (dm)

Le rédacteur des notes de pochette (non crédité) de ce bel album Verve (édition française) souligne que l’idée de faire jouer Ben Webster avec Gerry Mulligan tient de la rencontre de la perdrix et de la truite, ou de la carpe et du lapin. Norman Granz n’avait cure de ces idées préconçues, et il organisa la séance, qui occupe aujourd’hui, alternates takes compris, l’espace de deux CD. Dès « Chelsea Bridge » (de Billy Strayhorn) on sent bien que la chose va prendre, Ben Webster dans le souffle du souffle, et Mulligan dans le délié d’un baryton au timbre droit et pur.

Les autres pièces sont le plus souvent de la plume du premier employeur de Chet Baker, qui est entouré d’une section rythmique à sa mesure, l’une des plus classiques de la côte ouest. L’idée, encore exprimée comme telle aujourd’hui, que la session est « gorgée de swing », vient à point sous la plume du rédacteur des notes, preuve que les soixante ans qui nous séparent de la publication de ce disque n’ont pas vraiment changé la donne littéraire dans beaucoup de cas ! Et si vous voulez avoir une idée de ce qu’est le « style », écoutez le solo de Ben Webster sur la ballade composée par Mulligan, « Tell Me When ».


L’édition actuelle offre de nombreux inédits, les dialogues entre les prises, et permet de se rendre compte encore mieux du plaisir que les cinq instrumentistes ont pris à réaliser ce disque. La pochette intérieure du 33 tours permet de juger de ce que le label Barclay publiait à l’époque, de Dalida aux chants d’Haïti en passant par Miles Davis, Henri Salvador, Max Roach, Art Farmer, Sarah Vaughan et Ella Fitzgerald. Pas mal, non ?