Chronique

Lionel Hampton

1956-1961

Label / Distribution : Frémeaux & Associés

Ne pensez pas que Lionel Hampton était juste destiné à divertir un public facilement acquis. Il avait travaillé dur pour atteindre la notoriété, débutant dans l’orchestre de son collège en 1920 où il pratiquait la batterie et par la suite le xylophone. Dix ans après, il fut engagé dans l’orchestre de Les Hite et tomba sous le charme du vibraphone. En compagnie de Louis Armstrong, il enregistre sur « Memories of You » le premier solo de cet instrument encore inconnu dans le jazz. Hormis le vibraphone et sans toutefois délaisser la batterie, il joue des percussions, des timbales, du piano et chante avec un égal bonheur. Son passage dans les formations de Benny Goodman est immortalisé par des enregistrements délectables et dans la décennie suivante il prendra la tête de son fameux orchestre.

Les concerts donnés en France les 28 et 30 janvier 1956 au théâtre de l’Olympia sous l’égide de Bruno Coquatrix et Norman Granz donnent l’occasion d’entendre une machine à propulser du swing, comme en atteste « Albuquerque Special ». Le solo de saxophone introduit bien la frénésie souhaitée par Lionel Hampton. Avec « Paulette’s Boogie » c’est le son féérique du vibraphone en soliste qui annonce l’arrivée de l’orchestre. Quant à l’élasticité de la section rythmique, assurée par Peter Badle et Albert « June » Gardner, elle bouscule « Panama ». Il faut tendre une oreille attentive à « Blues for Sacha », porté par le piano d’Oscar Dennard et la guitare de Billy Mackel.

Toujours enregistré à l’Olympia, le second concert daté du 25 mars 1961 est produit par Norman Granz et les inséparables Frank Ténot et Daniel Filipacchi. « Hey-Ba-Ba-Re-Bop », co-écrit par Milt Buckner et Hampton, fait déferler une joie orchestrale communicative. Mais un grand moment s’accomplit avec l’entrée en scène de la chanteuse Bertice Reading. Sa voix puissante imprégnée de rhythm’n’blues sur « The Birth of the Blues » procure une émotion brute. « Tenderly » porte bien son nom et apporte une accalmie alors que le public parisien scande Une autre ! juste avant l’embrasement des cuivres sur « Roll’ Em Pete » composé par Big Joe Turner et Pete Johnson.

Durant sa jeunesse, alors qu’il n’avait pas l’âge requis pour se rendre dans les concerts nocturnes, Gary Burton accompagna son père aux balances de l’orchestre de Lionel Hampton. Son père annonça au grand chef d’orchestre que le jeune garçon apprenait le vibraphone. Hampton lui proposa de faire un blues en fa et demanda à son groupe de jouer avec celui qui à son tour deviendra un prodige du vibraphone. Ce témoignage éloquent démontre que cet homme surnommé The Lion, passé maître pour enthousiasmer les foules, était avant tout un musicien généreux.

par Mario Borroni // Publié le 25 janvier 2026
P.-S. :

Bobby Plater (as, fl, cl), Scoville Brown (as, cl), John Neely (as, cl), Ricky Brauer (ts), Edward T. Parant (ts, cl, fl), Andrew Mc Ghee (ts, cl), Curtis Love (bs), Lonnie Shaw (bs, fl), Billy Brooks (tp), Dave Gonsalves (tp), Ed Mullens (tp), Ed Preston (tp), Floyd Jones (tp), Andrew Wood (tp), Virgil Jones (tp), Al Hayse (tb), Larry Wilson (tb), Walter « Phatz » Morris (tb), Vincente Prudente (tb), Harlan Rasheed (tb), Oscar Dennard (p), Harold Mayburn (p), Billy Mackel (g), Roland Faulkner (g), Peter Badle (b), Lawrence Burgan (b), Albert « June » Gardner (d), Wayne Robinson (d), Lionel Hampton (vib, d, perc, voc), Bertice Reading (voc), Pinocchio James (voc)