Chronique

Antonio Fusco Trio

Sete

Antonio Fusco (d), Manuel Magrini (p), Ferdinando Romano (b)

Label / Distribution : Da Vinci Jazz

La Suite For Motian enregistrée en sextet par Antonio Fusco avait révélé un batteur doté d’une grande polyvalence. La délicatesse de sa frappe tant aux baguettes qu’aux balais a fait de lui un mélodiste de la batterie. Son nouvel enregistrement en trio expose une thématique dénuée de tout effet démonstratif.

Sete, que l’on traduit par soif en français, exprime parfaitement la curiosité qui anime ce trio acoustique où l’on retrouve le contrebassiste Ferdinando Romano consacré comme le meilleur nouveau talent italien en 2020 par la revue Musica Jazz et l’étoile montante du piano Manuel Magrini. L’influence de pianistes introspectifs tels qu’Enrico Pieranunzi ou Richie Beirach transparaît dans les compositions écrites par le batteur. Il suffit de tendre l’oreille sur « Wave », superbement abouti avec son découpage harmonique qui décuple le plaisir d’écoute, et « Quarantine », animé par une dynamique interne comme une sonate émouvante éloignée de tout pathos. Les expérimentations s’intègrent aisément dans le standard emprunté à Sammy Fain et Bob Hilliard devenu par la suite un joyau sous les mains de Bill Evans, « Alice In Wonderland ». S’attaquer à une telle référence musicale ne décontenance pas pour autant Manuel Magrini qui réussit à incorporer sa part d’émotion suggestive. L’acuité mélodique de Ferdinando Romano se manifeste dans tout l’album et « Peaceful Mind » illustre ce qu’est une pulsation parfaite.

Le format piano, contrebasse, batterie est toujours plébiscité dans le jazz contemporain : Antonio Fusco a choisi de se démarquer en intégrant des relances rythmiques destinées à valoriser ses partenaires. Rehaussé par des nuances raffinées qui couvrent un large spectre sonore, Sete s’impose comme un album remarquable.