Malmendier, Škrijelj, Crawford, Foster
Faux Pas
Michael Foster (ts), Webb Crawford (g), Émilie Škrijelj (platines), Tom Malmendier (d)
Label / Distribution : Eux Saem
Radicaux, le batteur Tom Malmendier et la -ici- platiniste Émilie Škrijelj le sont intensément. Le duo des Marquises, qui rencontrait il y a peu l’iconoclaste Otomo Yoshihide dans un trio sans limites nous fait toujours découvrir, dans un contexte souvent orageux, des pans nouveaux des musiques improvisées mondiales. On ne sera pas surpris, dès lors, que Faux Pas, leur nouvel album paru sur leur label Eux Saem, rapporte de New York de nouveaux sons et de nouveaux musiciens. Certes, on a noté dans un coin de nos mémoires le nom du saxophoniste Michael Foster qui vient de sortir un album avec Michael Griener, mais son attelage ancien avec la guitare de Webb Crawford, figure émergente de la scène new-yorkaise aux côtés de Jessica Pavone entre autres est - l’intense et étouffant « Je ne sais où » nous le confirme - particulièrement explosif.
Faux Pas est donc un quartet nourri de noise qui joue en totale liberté. Le saxophone de Foster, à la fois rêche et agglutinant, s’accroche à la batterie de Malmendier comme pour mieux se nourrir d’une pulsation fiévreuse et intranquille. Aucun répit dans ce concert enregistré en 2025 à Brooklyn : le saxophone se débat, bouscule, déstabilise un ensemble qui se plaît dans l’hétérogénéité. Ce qui ajoute au sentiment délicieusement désordonné et oppressant, c’est la ponctuation continuelle de Škrijelj et Crawford, véritables mouches du coche et tout en même temps larrons en foire : la platiniste instille des sons, souvent piquants voire cristallins, que la guitare prolonge avec une nervosité sans pareille. L’expérience est intense.
L’énergie de Malmendier et Škrijelj, cette spontanéité aussi charbonneuse que les dessins de la platiniste qui illustrent les pochettes du label, portent toujours cette soif immense du son juste, les prémices de « Je ne sais quoi » le soulignent. Avec les deux étasuniens, c’est un élément chaotique qui vient s’immiscer dans cette quête. Quelque chose de plus déstabilisant qu’avec Otomo car totalement imprévisible et remplie de chausse-trappes. De quoi multiplier les faux-pas. Évidemment.

