Chronique

Michael Jaeger Kerouac

Dance Around In Your Bones

Michael Jaeger (ts, cl, bcl), Vincent Membrez (p), Luca Sisera (b), Norbert Pfammatter (dms)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Éminent représentant de la bouillonnante scène zürichoise, le multianchiste Michael Jaeger mène depuis plusieurs années un passionnant vagabondage dans les différents paysages du jazz avec son quartet Kerouac, après avoir longtemps travaillé avec Urs Leimgruber ou Greg Osby. Un large spectre stylistique l’on retrouve sur ce troisième album. Dance Around In Your Bones perpétue cette pérégrination tranquille, nez au vent, entre le timbre aventureux de Jaeger et le groove solide de Norbert Pfammatter. Ce batteur, théoricien reconnu de l’instrument, est une figure du jazz helvète, aperçu par ailleurs dans le quartet d’Elina Duni. En compagnie du contrebassiste Luca Sisera, il fonde une rythmique solide et complice dont le mélange subtil entre musicalité et obstination s’inscrit dans un propos très onirique.

La flânerie de la clarinette basse s’allie parfaitement à ce groove languide et sûr de lui qui vous étreint dès « Dance Around In Your Bones » et vous poursuit jusque dans les prairies glacées du « Manitoba », où la main droite audacieuse du pianiste Vincent Membrez, doucement percussif, évoque les grands espaces à la pointe d’un quartet décidément coloriste. Kerouac, son nom, ne doit rien au hasard. A la manière du célèbre écrivain, il alterne les voyages sans autre but que la recherche d’une liberté teintée de mystique coltranienne, ainsi que de longues périodes de refuge au cœur du foyer maternel, incarné ici par une forme de free originel, façon Ornette Coleman.

Ces vastes étendues sont parfois balayées par le ténor tortueux et ardent de Jaeger (« Gate ») ; de fait, les solistes s’évadent tour à tour, sans perdre de vue l’esprit collectif, puis c’est le retour à des combinaisons moins contemplatives, à une approche très anguleuse, presque brisée. « We Shouldn’t Forget The Spell » et sa lente accélération débouche sur une atmosphère presque hargneuse et solide, chauffée par un ténor devenu frondeur. Cet aller-retour permanent et dénotant une belle maîtrise, entre formes plus traditionnelles et liberté totale comme entre écriture et improvisation farouche, clôt avec « Apfelklappe » la boucle esquissée dès le premier morceau. Une balade en bien charmante compagnie.