Chronique

Nicole Johänntgen

Labyrinth II

Nicole Johänntgen (as, ts), Jon Hansen (tu), David Stauffacher (d)

Label / Distribution : Auto Productions

Alors qu’elle fut choisie par nos collègues de Jazz-Fun.de à l’occasion du numéro spécial consacré à la journée internationale du droit des femmes de 2023, nous avions eu peu d’occasions d’entendre Nicole Johänntgen et son saxophone volontiers fanfaron. Née il y a à peine plus de 40 ans dans le bassin de la Sarre, la jeune femme nourrit une passion pour la musique de la Nouvelle-Orléans. Loin d’en faire une farouche conservatrice cela lui permet de jouer avec les codes et de favoriser un esprit de danse, à l’instar de « Pandeiro, Sing it Baby » où elle se prend au mot le plus simplement du monde ; elle chante sa tournerie, sur la rythmique bien découpée de Jon Hansen au tuba. Difficile de ne pas se dandiner.

Avec « In Honour of Arthur Blythe », Johänntgen et ses compères indiquent encore plus précisément la direction à prendre, conduits par le batteur David Stauffacher : la joie pétulante qui inonde Labyrinth II. Comme son nom l’indique, ce n’est pas la première fois que le trio se réunit, et l’instrumentation proposée est à la fois peu commune et d’une simplicité fascinante. La complicité est grande entre les membres, et même si l’esthétique choisie est pleinement le travail de Nicole Johänntgen, on sent une volonté de faire collectif dans l’orchestre. Le tuba se balade un peu partout avec son agilité pachydermique (« Elephant Walk »). Tout coule de source dans cet album, à l’inverse de ce que pourrait suggérer le titre : « Headbang » et ce travail à la rythmique astucieuse revient souvent, véritable gimmick vitaminé par une certaine joie de jouer.

A l’écoute de Labyrinth II, on songe à un autre trio allemand, l’Insomnia Brass Band. On traverse les mêmes contrées très colorées, avec une même joie de dessiner les paysages. Bien sûr la formule, bien que différente et plus rythmique, évoque un petit brass band de poche prêt à tous les excès. « Colores » en est l’incarnation, avec un travail de percussion de Stauffacher, jeune Suisse habitué à la sono mondiale. Ce disque est l’occasion de s’intéresser au plus près au travail de la saxophoniste, en tous points passionnant.