Chronique

Nicole Johänntgen

Solo III

Nicole Johänntgen (as,ss)

Label / Distribution : Auto Productions

La saxophoniste allemande Nicole Johänntgen, que nous avions apprécié de découvrir à l’occasion d’un ancien #WomenToTheFore, a l’art de nous surprendre. Numérotant volontiers ses disques en fonction de leur condition, Labyrinth II était un trio volontiers fanfaron ; avec Solo III, Johänntgen signale dans le même temps être seule, avec son alto et son soprano, et pour la troisième fois. Si nous attendions quelque chose dans la lignée de son précédent labyrinthe, elle nous a pris de court. Et il n’est pas question ici de distance. Les nappes de saxophones ont remplacé les syncopes et les croches, et « Seaview » et sa corne de brume athlétiquement tenue nous en informent aussitôt. Le climat choisi par la musicienne est radicalement tourné vers la constance et l’infiniment petit, où chaque inflexion compte.

Le lieu est important. Il est même primordial. Il s’offre au monochrome par sa résonance. Enregistré à la Kuntshause de Glarus, dans le canton de Berne, en Suisse. Ce qui peut paraître un détail est en réalité la clé de cet album, puisque ce musée possède un escalier en vis vertigineux, que l’on voit sur la pochette. C’est l’arbitre des élégances et de la portée des sons, avec un écho remarquable comme on l’entendra sur « The Lady in The Mirror ». Il y a quelque chose de fascinant à entendre Johänntgen s’approprier les lieux, faire sien l’écho et jouer avec lui. « Eagle Eye », ses jeux d’anches et son souffle sablonneux, en sont de magnifiques exemples.

Bien sûr, on pense à Samuel Blaser et à ses 18 monologues élastiques dans les vestiges de la RDA. On pense assurément à Alexandra Grimal et son Refuge dans les escaliers de Chambord. Nicole Johänntgen use des mêmes recettes en exposant son timbre à la merci de l’écho et du chant des pierrailles. Mais il n’y avait pas de désir figuratif chez Blaser et pas davantage chez Grimal, alors que l’Allemande rend hommage dans son solo à l’écho cher aux montagnes bernoises. Est-ce que cet escalier sonne comme la vallée qu’il habite ? Du col du Kerenzerberg aux pâtures des bords de lac, seules les cloches des vaches pourraient nous le dire. Mais elles n’auraient pas la grâce du saxophone.