Chronique

Oláh/Sambeat/Szandai/Miralta

Sketches of Pangea

Kálmán Oláh (p), Perico Sambeat (as, ss, fl), Mátyás Szandai (b), Marc Miralta (dms, perc)

Label / Distribution : BMC Records UVM Distribution

Budapest Music Center a toujours soutenu fidèlement les jazzmen hongrois qui vont à la rencontre de musiciens américains ou originaires du nord de l’Europe et qui transcendent les différences sans les gommer. Durablement marqué dans sa formation classique par l’héritage de Bartók, Kálman Oláh a toujours œuvré dans cette démarche d’ouverture. De Fitting (en trio avec Sébastien Boisseau et Kristof Bacso) au fondateur Szakcsi Generation, bâti autour de Belá Szakcsi Lakatos et de Jack DeJohnette, Oláh a toujours été un éminent animateur du label, à l’instar du jeune contrebassiste Mátyás Szandai, qui l’accompagne ici. Avec Sketches of Pangea, le pianiste part à la rencontre de deux musiciens espagnols investis à la fois dans le jazz et le flamenco, le saxophoniste Perico Sambeat et le batteur Marc Miralta. La ressemblance avec le titre de certain album mythique signé Miles Davis et Gil Evans n’a probablement rien de fortuit, et tient peut-être même du clin d’œil…

Mettre sa musique sous le signe de la Pangée, l’image est forte. Mais au-delà du concept d’unité des continents tel qu’il fut en vigueur en des temps immémoriaux, il s’agit avant tout ici de trouver un discours commun entre deux cultures diamétralement opposées au sein de l’Europe, avec le jazz comme langue véhiculaire. Très vite, la relation batteur / contrebassiste s’impose. (Sur « Addaia », composé par Miralta, le jeu sec de Szandai est particulièrement remarquable.) Cette entente crée le liant indispensable chez cette formation moins aventureuse que ce à quoi BMC nous a habitués ; le choix des morceaux, écrits par des musiciens aux styles disparates, permet une grande diversité… au détriment de l’unité.

Les morceaux de Sambeat peinent à tenir la distance comparés à ceux, foisonnants, signés Oláh. Certes, ses interludes abstraits (notamment « Interlude 1 : Laurasia ») mettent en valeur le jeu très coloriste de Miralta… Mais c’est « Hungarian Sketch N°2 » (Oláh), qui montre le chemin. Poussé dans ses retranchements par la pugnacité de Szandai, le saxophoniste trop sage y insuffle enfin l’énergie nécessaire. Les rythmiques flamenco de Miralta, mêlées à une mélodie dont les racines plongent dans le tumulte du Danube, transcendent le morceau et montrent le côté tellurique, hélas trop rare, de ces Sketches of Pangea. A la quiétude du consensus, on préférera l’effervescence créatrice. Tout est ici trop intermittent.