Chronique

Savoyat & Le Monde Merveilleux de Pépito

Thousand Shades of a Clown

Pierre-Antoine Savoyat (tp), Lynn Cassiers (voc, fx), Alexandra Grimal (ts), Lucia Pires (fl), Simon Groppe (p), Fil Caporali (b), Oscar Georges (d)

Label / Distribution : Challenge Records

Après un premier album remarqué, nous retrouvons avec un plaisir certain l’écriture et le jeu du trompettiste Pierre-Antoine Savoyat (PAS) et son monde merveilleux de Pépito. La formule est la même, qui s’appuie sur un quartet fidèle et dévoué aux idées du soufflant installé à Bruxelles depuis de nombreuses années [1]. On y retrouve notamment le contrebassiste Fil Caporali, mais aussi le pianiste Simon Groppe, qui est à plus d’un titre l’alter-ego de Savoyat, se permettant souvent un certain lyrisme coloré, très influencé par le jazz contemporain quand la trompette se fait plus contemplative. C’est ce que l’on entend dans le très beau « Epic Short Story », où le quartet que clôt l’excellent batteur Oscar Georges s’étend avec le renfort de la flûtiste Lucia Pires et la saxophoniste Alexandra Grimal. La présence de cette dernière au ténor n’a rien de fortuit : PAS se ballade avec Pépito dans une esthétique très marquée par la finesse de l’écriture et les influences de la musique écrite occidentale. Ajoutons un goût pour l’onirisme et la poésie, prégnant dans « Silent Cry » aux allures de musique pour un film de Miyazaki, et l’on ne s’étonnera pas non plus de la présence de Lynn Cassiers.

La présence d’Alexandra Grimal sur ce disque est un beau cadeau fait à Savoyat, même si c’est nous qui en conservons l’étrenne. « Keeping The Hope », où elle apparaît très en avant avec la trompette, est un morceau intense qui nous rappelle -mais comment l’oublier ? - qu’elle est une des meilleures instrumentistes de jazz de sa génération. On pourrait imaginer PAS un peu en retrait, consommant l’effet d’une écriture lumineuse sur un quintet en place. Il n’en est rien, et cette maturité qui nous était apparue sur le premier album s’avère ici décisive. Sur « Solitude », morceau le plus brillant au pivot de l’album, il laisse d’abord Lynn Cassiers installer un climat magnifique avec la base rythmique, piano compris, avant de dialoguer avec l’orchestre au bugle. Son alliance de timbres avec Grimal, passée au soprano, est décisive et d’une douceur sans pareille.

Thousand Shades of a Clown est une belle réponse en miroir à un premier album dominé par l’envie et une certaine excitation. Ici, tout est calme et sûr de soi ; c’est la dynamique collective qui prime et qui réussit son pari. Elle dessine un portrait fidèle et plein d’humilité d’un musicien européen qui, comme Louise Knobil dont il est proche, incarne une nouvelle génération brillante et pleine de promesses.