
Rahsaan Roland Kirk
Vibration in the Village
Rahsaan Roland Kirk – ts, stritch, manzello, fl, voc, etc. ; Horace Parlan, Melvin Rhyne, Jane Getz – p ; Henry Grimes – b ; Sonny Brown – d
Label / Distribution : Resonance Records
Le label Resonance sort conjointement deux enregistrements live de Rahsaan Roland Kirk, multi-instrumentiste américain, aveugle et militant, apôtre de la Great Black Music.
Le premier, Vibration at The Village : Live at the Village Gate, est un enregistrement réalisé au Village Gate de New York en 1963, les 26 et 27 novembre. Les bandes qui ont été retrouvées – comme à chaque fois avec le producteur Zev Feldman et le label Resonance – proviennent d’une tentative de documentaire sur Roland Kirk. Il semble qu’une personne a commencé à filmer et enregistrer le saxophoniste pour les besoins d’un film qui n’aura jamais vu le jour. Aussi les bandes enregistrées, avec un matériel assez bon pour permettre aujourd’hui leur publication sur vinyle et CD, ont été retrouvées récemment et transmises au producteur.
Contrairement aux enregistrements live pirates qu’on trouve à droite à gauche, celui-ci est de bonne qualité sonore et présente un intérêt certain sur le plan musical.
La paire Henry Grimes (contrebasse) et Sonny Brown (batterie) effectue un travail sérieux. Le piano est partagé – ce n’est pas banal – entre trois pianistes, Horace Parlan, Melvin Rhyne et Jane Getz. Le répertoire est composé, comme souvent chez Kirk, de compositions et de standards du jazz. En novembre 1963, Roland Kirk sort d’un cycle d’excellence qui le pousse sur le devant de la scène jazz de l’époque. Il a signé chez Mercury, pour sortir le superbe We Free Kings, a collaboré avec Roy Haynes, Quincy Jones, Charles Mingus et Benny Golson, a encore produit le disque Domino et vient de boucler une série de concerts en Europe, dont certains ont été gravés sur disque, au Jazzhus Montmartre de Copenhague. Il bénéficie donc, à New York, en 1963, d’un prestige certain.
Les neuf titres de ce disque sont bien représentatifs de son évolution musicale. En 1963, il est encore sideman par moments, joue encore dans la tradition post-bop avec peu d’excentricités et se fait remarquer par ses solos endiablés et son jeu de flûte très coloré. Quelques parties en double ou triple saxophones simultanés relancent le propos et Kirk est souvent en alternance entre le ténor, le stritch et le manzello. Sur quelques titres, il chante, comme il le fera de plus en plus en concert. Et c’est sur la balade « Laura » qu’il donne un beau solo de flûte, avec ses attaques roulées si caractéristiques de son style. Enfin, sur « Oboe Blues », après une introduction aux sax, on peut entendre l’une des rares fois où il ne joue que du hautbois, rien que pour ça le disque est une perle !
Comme toujours avec la série Resonance, le livret comprend de nombreux textes et photos qui permettent de contextualiser la découverte des bandes et leur contenu. Le second inédit est Seek & Listen de 1967.

