Chronique

Saadet Türköz & Elliott Sharp

Kumuska

Saadet Türköz (voix), Elliott Sharp (synthétiseurs, clarinette basse, glissentar)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Venue d’une famille cosaque du Turkestan Oriental, la vocaliste turque Saadet Türköz se frotte depuis de nombreuses années maintenant aux expérimentateurs les plus ouverts en matière de musique des frontières. Larry Ochs, Günter « Baby » Sommer, Nils Wogram font partie de ces rencontres auxquelles il faut désormais ajouter le multi-instrumentiste Elliot Sharp. Déjà côtoyé sur le disque Marmara Sea chez Intakt également en 1999, parmi une série de duos (dont un avec Joëlle Léandre), ils s’accordent le temps d’un disque entier enregistré en 2007 à New York.

On y retrouve l’approche verticale des musiques orientales dans lesquelles la voix a une place prépondérante. Elle se dresse avec une puissance qui ne tient pas seulement à la capacité physique de la chanteuse mais aussi à l’affirmation d’une personnalité dont on regrette de ne pas pouvoir comprendre les paroles qu’elle écrit elle-même. Dessous ou à côté, le musicien accompagnateur tisse des canevas qu’il fait évoluer au fil des plages. Évitant les pistes trop longues que ce type de musique appelle naturellement, il dérègle subtilement les mélismes de sa partenaire.

Les accrocs et les dissonances étranges sont ainsi un voyage vers un autre ailleurs et se confondent parfaitement avec l’identité de la chanteuse. Cette dernière, en retour, ne reste pas cantonnée dans son périmètre et dérègle son propos en usant de cris et chuintements qui fonctionnent parfaitement, notamment sur les plages les plus courtes, définissant alors une esthétique nouvelle.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 9 février 2020
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