Chronique

Stefano Di Battista

Morricone Stories

Stefano Di Battista (as, ss), Fred Nardin (p), Daniele Soorentino (b), André Ceccarelli (dms).

Label / Distribution : Warner Bros.

Stefano Di Battista est de retour ! Les années ont passé depuis Woman’s Land et un entretien accordé à Citizen Jazz en 2011 ; il y avait eu aussi Giù La Testa, en duo avec Sylvain Luc, trois ans plus tard. Ce n’est pas que l’Italien ait été inactif depuis, mais de ce côté des Alpes, le lyrisme véloce et le charme enjôleur de son saxophone, alto ou soprano, finissaient par manquer, il faut bien le reconnaître.

Et puis voilà qu’arrive 2020, sa pandémie de Covid-19, ses confinements répétés et ses réjouissances façon couvre-feu, ses privations multiples, libertés incluses, le monde du spectacle en état de suspension pour une durée presque indéterminée… Un contexte aux vents contraires qui n’a pas empêché le saxophoniste de rallier Paris et le studio Ferber où Morricone Stories a été enregistré au mois d’octobre.

Le titre du disque est on ne peut plus explicite : Stefano Di Battista joue la musique de son compatriote Ennio Morricone, disparu l’année dernière à l’âge de 91 ans. C’est une mine d’or que le répertoire laissé par le compositeur ! On la connaît à travers une myriade de films – plus de 500 – dont bon nombre de renommée mondiale (et quelques autres, aussi, un peu moins connus). Peur sur la ville, 1900, The Mission, Il était une fois en Amérique, Le Grand Silence ou encore Le Bon, la Brute et le Truand… Il s’agit là d’un véritable patrimoine, enrichi à l’occasion de cet enregistrement par une composition inédite, « Flora », dédiée à la fille de Stefano Di Battista. Un cadeau précieux, c’est le moins qu’on puisse dire.

Le saxophoniste est en grande forme : c’est un réel plaisir de le retrouver tel qu’on l’avait laissé, virtuose et solaire (« Metti, Una Sera A Cena », « Peur sur la ville »), prêt à à transmettre une sensibilité à laquelle on est instantanément réceptif (« Deborah’s Theme », « Apertura Della Caccia », « Il Grande Silenzio », « Flora », « Gabriel’s Oboe »), inventif toujours et capable de prendre à son compte un thème comme s’il imaginait un nouveau scénario (« La Donna Della Domenica », « The Good, The Bad And The Ugly »). Le plaisir de ce disque chatoyant est démultiplié par la qualité de l’équipe en action. C’est d’abord une session rythmique toute en souplesse et musicalité, une horlogerie de précision mise en œuvre par Daniele Sorrentino à la contrebasse et le toujours jeune André Ceccarelli à la batterie, ce musicien ami avec qui le saxophoniste avait déjà travaillé il y a une vingtaine d’années. Et puis, au piano mais aussi aux arrangements et à la direction artistique, un nouveau venu qui s’affirme d’emblée comme un partenaire de premier plan, digne successeur d’un Éric Legnini, celui-là même qui avait côtoyé le saxophoniste à la fin des années 90 : Fred Nardin, dont la présence radieuse sur l’album contribue pour beaucoup à cette impression de vivacité et de lumière harmonique qui s’en dégage. Celui qui est, entre autres l’un des co-directeurs de The Amazing Keystone Big Band, mais aussi partenaire régulier de Sophie Alour ou à la tête de formations à géométrie variable, vient poser ses propres couleurs, parfaitement complémentaires de celles du saxophoniste. La paire fonctionne à merveille et semble couler sous nos oreilles des jours heureux.

Que dire de plus ? Peut-être souligner le fait que le son du saxophone de Stefano Di Battista, alto ou soprano, est plus beau que jamais, d’une maîtrise toujours aussi bluffante, et qu’on espère vraiment qu’il ne faudra pas attendre encore 6 ou 7 ans avant de l’entendre à nouveau sur disque. Les privations, ça suffit… On souhaite aussi que très vite, tout ce petit monde puisse jouer ce répertoire sur une vraie scène, avec un vrai public et toute l’exaltation qu’il saura susciter. Ce sera la plus belle des histoires !