Scènes

Südtirol Jazz Festival (II)

(Alto Adige), 33e édition Les deux premières journées du festival : contrastes


Samedi 27 juin : du musée d’art moderne à la rue, avec Blue Eyed Hawk et Soweto Kinch. Dimanche 28 juin : grand soleil, grande montagne et musiques ouvertes.

La vocation de « jazz critic » peut conduire à bien des attitudes et, en l’occurrence, bien des altitudes ! Qui n’a pas le pied alpin aurait souffert, en cette journée de dimanche, où le soleil était revenu dans toute sa splendeur comme pour honorer les efforts que les humains avaient consentis pour faire résonner, dans la haute montagne, leurs musiques à la fois traditionnelles et complètement déjantées.

Mais reprenons depuis Bolzano (altitude 400m environ), où vers 11h00 samedi, le groupe Blue Eyed Hawk se produisait dans le Museion, où Fanny Lasfargues avait donné un solo de basse électrique l’an dernier. Laura Jurd (tp), Lauren Kinsella (voix), Alex Roth (g) et Corrie Dick (dm), tous les quatre anglais, se sont produits dans la grande salle du bas. Une prestation qui m’a semblé timide, dans un registre « country folk » parfois irrigué de sons plus modernes, mais surtout très desservie par un écho monumental, dû aux trois étages qui dominent le rez-de-chaussée et font une caisse de résonance énorme. L’an dernier encore, Julien Desprez s’en était mieux débrouillé. J’ai noté quand même que dès que la musique prenait un tour plus intimiste, les choses passaient mieux.

Dans le superbe et très ancien parc de l’hôtel Laurin, où nombre de musiciens et d’invités (dont votre serviteur) sont logés, un apéritif musical est prévu tous les soirs à 18h00. Cette année, c’est le duo formé par la blonde Alice Zawadzki (vln, voc, perc) et Moss Freed (g) qui assure cette délicate partie. Il m’a semblé qu’ils étaient tout à fait excellents dans le genre, lui discret et capable de faire sonner ses solos comme un vrai tout, en y mettant la sourdine, et elle projetant bien sa voix, une voix bien timbrée, belle, sur des textes engagés qu’elle emprunte à divers musiciens de Londres.

Dans la foulée, on retrouve Soweto Kinch et son quartet, avec Nick Jurd (b), Jay Phelps (tp) et Jason Brown (dm), en plein coeur de Bolzano (Piazza Erbe), pour un très beau set, malheureusement un peu perturbé par la pluie. Une musique dans l’esprit du quartet sans piano le plus célèbre de l’histoire, mais peut-être plus orientée vers le bop, en tous cas pleine de droiture, avec un excellent trompettiste et un batteur exceptionnel, de l’aveu même du leader, très bon à l’alto et meneur d’hommes décidé.

Annoncée depuis longtemps, relayée par tous les moyens sociaux, couverte par la télévision locale, la matinée « Singing Rocks » a tenu toutes ses promesses. Si l’on peut parler - dans le contexte que je vais expliciter - d’un « concert », il a eu lieu à 2400 mètres, au pied d’une immense falaise, à Wolkenstein/Selva Gardena, tout près du refuge Emilio Comici. Les spectateurs (le concert était prévu vers 11h00) avaient le choix entre arriver par leurs propres moyens (en voiture puis à pied ou en « bike »), emprunter un bus loué par le festival, puis à pied, ou en jeep pour les plus handicapés et les plus âgés - ce qui fut mon cas. Reste que les 500 derniers mètres devaient obligatoirement être franchis à pied - nul autre moyen de se rendre au pied de cette falaise. Imaginez donc 500 personnes qui, par un grand soleil, se donnent rendez-vous dans ce lieu ; une chorale répète sous la direction du concepteur de la chose (Matthias Schriefl), et un orchestre a été mobilisé, avec percussions, guitares électriques (il a fallu amener l’électricité), cor des alpes, tubas, percussions, trompettes, et, parmi les musiciens invités, Soweto Kinch et son alto, Florian Trübsach, David Meier, Michael Engl, Gregor Bürger


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Installation des instruments à vent et percussions

Et en effet, les rochers chantent, car la falaise (à la différence des églises ou des musées…) répercute le son vers l’avant, l’amplifie sans le déformer, et fait en quelque sorte office de sonorisation naturelle. Résultat évidemment magnifique quelle que soit la musique, le plus important étant ici d’avoir parcouru le chemin. Il faut toutefois signaler que, sur la base des chœurs traditionnels de la région - assez proches, disons-le, de ce qu’on peut entendre chez Weber ou Wagner - Matthias Schriefl a su construire une série de « dérangements » tout à fait à propos. Pour compléter ce tableau déjà bien riche, des cascadeurs/danseurs font une voltige dans les airs. La tête vous tourne vite, sans que la valse soir en cause…


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Alice Zawadzki et Soweto Kinch

Après de telles hauteurs, il fallait bien redescendre. Soweto Kinch et Alice Zawadzki ont pris place sur le plateau de la jeep, lui se rendant directement à l’aéroport pour jouer demain à Vienne (France), elle reprenant le chemin du parc hôtel Laurin. Et me voici pour vous raconter tout ça.

À suivre…


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Jeux de selfie entre Alice Zawadzki et Soweto Kinch