Chronique

Youn Sun Nah

She Moves On

Youn Sun Nah (voc, kalimba), Jamie Saft (p, claviers), Brad Jones (b), Dan Rieser (dm), Marc Ribot (g)

Label / Distribution : ACT/Harmonia Mundi

Donc elle avance. A vrai dire, ça ne nous surprend pas ! Qu’elle avance, on le sait depuis (au moins) le 12 novembre 2005, date à laquelle nous l’avons accueillie place du Marché des Chartrons à Bordeaux, pour un concert qui devait marquer pas mal de monde, puisqu’on nous en parle encore, en soulignant la chance que nous avions eue de l’écouter , là, dans ses premières envolées, pas moins émotionnellement formidable qu’aujourd’hui. Il s’en est suivi pas mal de disques (chez ACT), de très vifs succès, de belles rencontres (en Arles, par exemple, mais aussi au château Pavie à St Emilion, après un orage qui a failli ravager la récolte). Bref, du chemin, du travail, de l’amour au fond, quoi d’autre ?

Eh bien le fond d’accompagnement, qui a viré très européen avec Vincent Peirani et Ulf Wakenius, et qui maintenant se soutient d’un américanisme bien jugé, avec Jamie Saft en maître de cérémonie, Marc Ribot en guest star, et surtout un répertoire qui déborde très nettement, de Lou Reed (« Teach The Gifted Children ») à une reprise de Fairport Convention (« A Sailor’s Life ») en passant par Jimi Hendrix (« Drifting ») et Joni Mitchell (« The Dawntreader »). Et puis quand même Nina Simone : « Black Is The Color Of My True Love’s Hair » (jeu de mots).

Tout ça très beau, très juste, très bien arrangé, et juste un peu trop sage encore pour rivaliser vraiment avec Norah Jones, mais ça va venir en concert. Car Youn Sun Nah est une nature, une surprenante improvisatrice, et quand elle laisse aller les chevaux, les cheveux, et le reste, c’est vous qui prenez la voie des airs. Elle, elle se contente de vous regarder d’un air mutin, en jouant sur sa fausse fragilité. D’airain cette femme, je vous le dis.

par Philippe Méziat // Publié le 25 juin 2017
P.-S. :

Guests : Maxim Moston (vln, string arr.), Antoine Silverman (vln), Hiriko Taguchi (viola), Anja Wood (cello)