Chronique

Alain Gerber

Le Destin inattendu de la tapette à mouches

Label / Distribution : Frémeaux & Associés

L’art de Shelly Manne n’a jamais été si bien retranscrit que par Alain Gerber dans son dernier ouvrage Le Destin inattendu de la tapette à mouches.

Dans la première partie de ce livre, son hommage historique s’appuie sur une analyse didactique. Shelly Manne captive ; dans la liste des batteurs à forte personnalité des années soixante, il incarne la force tranquille. Une part de son génie se manifeste là où personne ne l’attend, comme en témoigne l’aisance avec laquelle il s’associe aux transformations majeures qu’engendre Ornette Coleman dans Tomorrow Is The Question.

Bien plus qu’un inventaire soigneusement ordonné, le chapitre intitulé Choisir ses balais révèle la solide culture scientifique d’Alain Gerber. On plonge avec délectation dans un processus où chaque détail a son importance, à l’image de ce qui différencie les caractéristiques des balais métalliques ou en nylon. En fin d’ouvrage, une sélection de soixante compositions galvanisées par des spécialistes des balais qui vont de Gene Krupa à Daniel Humair intensifie le nuancier stylistique.

Cet ouvrage conséquent évoque une époque où l’apprentissage technique des balais était pour beaucoup de batteurs le premier pas obligé avant de passer à l’utilisation des baguettes. L’exigence avec laquelle Alain Gerber a construit ce récit intense procure un régal qui ne s’adresse pas qu’aux seul·es amateur·ices de jazz. L’écriture fascinante s’appuie sur des précisions lumineuses, à l’instar des circonvolutions infaillibles tracées par les balais de Shelly Manne sur sa caisse claire.