Chronique

Alexander Hawkins Elaine Mitchener Quartet

UpRoot

Elaine Mitchener (voix), Alexander Hawkins (p), Neil Charles (b), Stephen Davis (dm)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Saluons d’abord la découvert de la vocaliste Elaine Mitchener. Anglaise d’origine jamaïcaine qui se présente comme performeuse, elle utilise toutes les modalités de la voix dans une synthèse aboutie. Chant plein, cris et feulements, frottements salivaires, babils puérils ou grabataires qui la font passer du trivial au sublime, elle incarne parfaitement son art avec ce qu’il faut de théâtralité pour en faire un personnage mais suffisamment de pudeur pour ne pas le rendre envahissant. Maggie Nicols bien sûr n’est pas très loin (avec qui elle joue par ailleurs en duo), non plus que Jeanne Lee, figure tutélaire et politique dont elle se réapproprie, avec aplomb, “The Miracle” et les paroles de “Blasé” de Archie Shepp ( “Blasé… Ain’t you, daddy ? : You shot your sperm into me, / And never set me free”) mais également Patty Waters avec une réinterprétation de “Why Is Love Such A Funny Thing ?” en ouverture.

Le pianiste Alexander Hawkins, co-leader du quartet, signe la moitié des compositions et propose un jeu de clavier parfaitement complémentaire. Ponctuant le tempo d’accords plaqués solidement dissonants, il apporte beaucoup de soin à l’accentuation et s’engage dans des déclamations pianistiques où la main gauche et la main droite avancent en parallèle, semblant ne jamais se rejoindre. Génératrice d’un swing déstabilisant et fertile, cette disjonction est relayée par une section rythmique aussi elliptique qu’épileptique, la batterie de Stephen Davis en symbiose avec la basse de Neil Charles. Cette paire fusionnelle dévoile de son côté d’autres accents qui ne sont jamais ceux attendus et par son art de l’espace provoque une forme de houle par absence.

Forts d’influences communes, les membres de cette formation investissent une musique ouverte à toutes les aventures, parfaitement maîtrisée pourtant. Les pièces charpentées par de subtils effets de tuilage déjouent les conventions d’usage entre thème et improvisation, comme sur l’obsédant “OM-SE / Environment Music”. Le titre “UpRoot” peut, quand à lui, servir de fiche d’identité à ce jazz vocal exigeant et agile.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 25 février 2018
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