Antoinette Trio joue Andy Emler
Archipels
Julie Audouin (fl), Tony Leite (g), Arnaud Rouanet (s, cl)
Label / Distribution : Compagnie 3X2+1
Cinq ans après Rhizomes qui faisait la part belle aux compositions du brésilien Egberto Gismonti, le trio audois Antoinette Trio revient en s’adjoignant cette fois les services d’Andy Emler. Si sur le précédent disque, le pianiste Denis Badault (tristement disparu voici trois ans) participait à la direction artistique en intervenant également comme instrumentiste, Emler est uniquement à l’écriture et honore, avec intelligence, les potentialités du trio à travers trois suites (et une adaptation de Song to the Pharoah Kings de Chick Corea).
Actif depuis quelques années maintenant, le trio associe de manière originale une flûte, un saxophone ou clarinette et une guitare classique qui parviennent à obtenir ensemble une tonalité propre traversée de multiples influences - ou plutôt dans laquelle on entend de nombreux langages se mélanger dans un creuset unique, à la fois rigoureux dans sa mise en place et épris d’une certaine liberté. Avec beaucoup d’inventivité, le compositeur a réussi à utiliser la capacité des musiciens à mettre plusieurs voix en mouvement et ainsi renouveler constamment la dynamique du trio.
S’appuyant sur des propos d’Edouard Glissant, Antoinette Trio se situe dans une pensée universaliste enrichie du tout-monde tel que le concevait le poète créole. Il en ressort une musique pleine de couleurs changeantes, dont la fluidité gracile doit beaucoup à la flûte de Julie Audouin qui virevolte d’un instrument à l’autre et que rattrape dans ses cordes la guitare enlevée de Tony Leite. La limpidité des instruments apporte du naturel à cette succession de pièces qui conservent tout du long une réelle vivacité grâce au raffinement d’arrangements astucieux. À partir de quelques tourneries, elle parvient à ménager ses effets, positionnant de-ci de-là des moments d’expectative qui s’ouvrent sur des libérations joyeuses tandis que le saxophone d’ Arnaud Rouanet amène, de son côté, sa part de souple improvisation.
Il en résulte une musique dont la légèreté est une force et qui invite avec délicatesse à se plonger dans un univers chambriste et primesautier qui ne se tarit pas, tant s’en faut à la première écoute ; mieux, dont la réécoute révèle toutes les subtilités.

