Chronique

Max Arsava

Nowhere Dense

Max Hirth (ts), Ignaz Schick (turntables), Max Arsava (p, keyb, elec) Alex Bayer (b), Flo Fischer (d).

Label / Distribution : Aut Records

Électronicien et pianiste, Max Arsava, musicien allemand installé à Berlin, œuvre dans le champs de l’expérimentation tous azimuts ; sa participation au collectif Rundfunkorchestra en est d’ailleurs la part la plus concrète (sept musiciens sur leur ordinateur, connectés à la même console de mixage). À titre personnel pourtant, il conduit également des formations qui vont du solo, duo, trio jusqu’au quintet comme c’est ici le cas avec Nowhere Dense, qui s’il est, là encore, bardé d’électroniques et situé aux frontières de l’avant-garde, est aussi, d’une certaine manière, un prolongement de la grande aventure du jazz, sur d’autres terres et avec d’autres modalités.

Sous la forme d’un quartet classique (piano, basse, batterie, saxophone) auquel s’ajoute le platiniste Ignaz Schick (dont on recommande le duo joueur ILOG au côté de Oli Steidle), le pianiste construit une feuille de route suffisamment abstraite, voire ouverte, pour en permettre toutes les bifurcations. Les propositions sonores, extra acoustiques (crachotements, bruits blancs, griffures) constituent l’arrière-plan de ce programme et installent des climats instables comme autant de paysages brouillardeux d’où émergent quelques silhouettes familières. Au détour d’une trait inattendu, la reconnaissance d’un instrument chaleureux, en effet, se distingue. En faisant naître une phrase sibylline venue se mêler au remuement, le saxophone de Max Hirth apporte alors une dimension chantée et dépouillée qui fait verser le groupe dans sa part la plus vibrante.

De là, la possibilité, ailleurs, de s’ouvrir à un swing généreux, opulent même, qui recompose les propriétés éparses de ce quintet et dans le même temps lui accorde une respiration formelle bienvenue. Basse, batterie et piano s’en donnent à cœur joie, avec une maîtrise aboutie de la grammaire traditionnelle jazzistique et un sens de l’écriture qui se prête bien au bruitisme ambiant. Malgré ses dimensions diamétralement opposées, l’équilibre et l’intérêt de ce groupe tiennent dans sa capacité à fusionner des éléments disparates et à les agglomérer de manière à ne faire qu’une seule structure organique, souple et mutante.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 26 mai 2024
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