Scènes

Au fil de l’eau avec Hugo Diaz

Nancy Jazz Pulsations fête ses 50 ans # Chapitre II – Le Royal Royal, vendredi 13 octobre – Hugo Diaz Quartet.


Hugo Diaz Quartet © Jacky Joannès

Jazz au comptoir ! Chaque soir, NJP fait entrer le jazz dans les bars de la ville. Des fins d’après-midi apéritives où la musique vient à la rencontre du public qui peut aussi consommer (avec modération évidemment) la bière 73 brassée spécialement pour les noces d’or du festival. Ce fut le cas par exemple hier soir avec le quartet du jeune saxophoniste Hugo Diaz.

Si tu ne viens pas à la musique, la musique viendra avec toi. Telle est l’idée qui sous-tend les « Apéros Jazz » proposés chaque jour, au cœur d’une ville ne disposant d’aucun lieu dédié au jazz et qui peut donc, durant tout le festival, retrouver l’esprit d’un club et ressentir ainsi la vibration si particulière de la musique live à proximité des musiciens. On vient, on boit un verre, on écoute, avec une attention variable il est vrai. Il faut exercer son oreille à faire le tri entre conversations multiples et musique. C’est la règle du jeu, et l’on aura une pensée toute particulière pour la solitude du contrebassiste au moment où il se lance dans l’exercice du solo au milieu de discussions sonores et du bruit des verres qui s’entrechoquent.

Certains vous diront l’importance de la bière dans la vie du jazz. Il s’en trouvera même quelques-uns parmi eux – et pas les moins avisés – pour souligner le fait qu’elle peut contribuer à l’équilibre budgétaire d’un festival. Allez savoir… Ce n’est sans doute pas pour cette raison que NJP a fait brasser la bière 73, en collaboration avec des producteurs locaux. On murmure même que la fermentation de ce breuvage spécial 50 ans s’est opérée en diffusant la playlist créée pour l’occasion.

La bière 73 était sans doute bien en place dans les fûts du Royal Royal, bar de la ville ami des musiciens situé non loin de ce quartier émergent qu’on nomme Nancy Grand Cœur. Un lieu chaleureux qui accueillait le quartet du saxophoniste Hugo Diaz. On avait déjà repéré cette élégante formation strasbourgeoise en 2022, au moment du tremplin Nancy Jazz Up (organisé par NJP) dont le quartet était l’un des finalistes. À noter une évolution dans la formation puisque si le pianiste Alexandre Cahen est toujours présent, ce sont désormais Louis Cahen (frère de ce dernier) qui officie à la batterie et l’excellent Vladimir Torrès (qui a récemment publié un très beau Brujos en trio) qui en est le contrebassiste.

Hugo Diaz © Jacky Joannès

Ce qu’on avait aimé l’an passé chez ce quartet est bien au rendez-vous, avec en supplément, au-delà de l’expérience acquise au fil des mois, la force d’expression liée à la scène et à une chaleur typique d’un tel rendez-vous. De formation classique et jazz, Hugo Diaz (qui joue exclusivement du saxophone soprano) mêle avec beaucoup de conviction, tant dans l’écriture que dans l’interprétation, des influences multiples. La musique européenne du XXe siècle semble présente tout autant que celle de formations aux intonations plus pop. Avec le jazz et les musiques improvisées comme agent de fermentation (on revient donc au breuvage cité plus haut…) de l’ensemble. Le quartet s’empare des compositions d’un album à venir au printemps prochain, dont le titre Confluences est la parfaite illustration de ce qui vient d’être dit. Et c’est le thème de l’eau qui défile au gré de compositions à l’écriture soignée (« Confluence », « Allers-retours aux sources », « Miroir d’eau », « Électrolyse »), prétextes à des prises de paroles individuelles dont l’intensité n’a jamais été prise en défaut. Le saxophoniste manifeste une belle présence, chacune de ses interventions est dense, pleinement habitée, jusqu’aux discrets effets qu’il utilise pour modifier la sonorité de son instrument (qui n’aura pas manqué d’être confondu par certains avec une clarinette).

Il ne fait aucun doute que ces quatre-là ont des choses à dire. On peut compter sur nous pour être à leur écoute dans les temps à venir.

NJP 2023, une histoire à suivre très vite…