Chronique

Brìghde Chaimbeul

Sunwise

Brìghde Chaimbeul (small bagpipe, voix)

Label / Distribution : Glitterbeat Records

Dernier album en date, Sunwise est conçu comme une suite hivernale. Imprégné de culture celtique et de langue gaélique écossaise, le sujet dépasse néanmoins largement le cadre de la musique folklorique pour toucher, de façon universelle, la curiosité humaine. Chaque titre s’ouvre pratiquement de la même façon, avec cette inspiration mécanique de la cornemuse qui précède l’émission claire, nette et puissante du son. Même si l’instrument joué par la musicienne est une petite cornemuse écossaise à soufflet, le son n’en est pas moins portant.
L’album est écrit avec une alternance de compositions originales et de reprises de matériau folklorique. Brìghde Chaimbeul y invite également son père pour déclamer en gaélique sur « Duan » et son frère pour un accompagnement en langue Canntaireachd, un langage mélodico-rythmique proche du son de la cornemuse, utilisé pour apprendre les ornements traditionnels.
Le morceau d’ouverture « Dùsgadh », le réveil de l’hiver, est un long solo de drone où l’on entend clairement l’accord des bourdons moduler finement pour donner une forme circulaire à la structure linéaire, typique des interventions de Chaimbeul.
« J’ai toujours voulu créer un morceau à note unique, afin que l’on puisse vraiment écouter la profondeur du bourdonnement. L’année dernière, j’ai beaucoup tourné en solo, et j’ai pris de l’assurance pour jouer plus longtemps sur scène, en interprétant des morceaux très longs à base de bourdonnement. [1] »

Elle est ensuite rejointe (comme sur le précédent disque) par Colin Stetson au saxophone sur « A’ Chailleach » qui évoque le personnage mythique écossais, celle qui contrôle la météo et apporte l’hiver. Chaque morceau suivant déroule les histoires hivernales, comme lors d’une veillée.
La confrontation des voix chantées aux clusters de la cornemuse dans « She Went Astray », la circularité rythmique de « Bog An Lochan » ou le fantastique sprint en compagnie de trois joueur·euses de uilleann pipes irlandais·es (John McSherry, Francis Mcllduff et Jamie Murphy) sont autant de facettes étonnantes et inventives de Chaimbeul.

Il y a surtout cette permanence du bourdon, constant, droit, autour duquel s’enroulent les sons, les mélodies, les phrases. On se laisse emporter par l’irrésistible appel méditatif, comme sous hypnose.
L’enregistrement est fait en analogique et on ressent cette chaleur spécifique, à laquelle s’ajoutent les sons du feu qui crépite, les enregistrements d’archives sur 78 tours, les voix et sonorités gaéliques, etc. S’il évoque l’hiver, le disque distille une chaleur réconfortante.