Scènes

Cinquième Festival Jazz Métis

Chaleureuse convivialité au 5e Festival Jazz Métis


Photo Monique Feldstein

Le festival Jazz Métis termine en douceur, à Montreuil, la période estivale musicale de Paris et sa proche banlieue. Pour sa cinquième édition les rendez-vous étaient une fois encore évocateurs de voyages. De l’Europe au Bénin, de la Perse à l’Inde du Nord ou au cœur de Séville.

Ce festival est né d’une amitié solide entre Nicolas Genest et le dirigeant de la société Drillscan, dont les locaux jouxtent l’arrière de la maison du trompettiste. Dans la rue rien ne transparaît. Il faut prendre sur la droite une étroite allée bordée de quelques maisons basses entourées parfois de petits jardins.

On est à la campagne. Au bout, derrière le stand associatif de femmes maliennes tenu par Fatou Camara, un terrain aux allures de champ. A droite, l’accueil assuré par des jeunes filles que l’on croit voir grandir au fil des ans. Sur la table, des prospectus et des CD. A côté, le portail ouvert de l’Éphémère Drillscan Club. Des chaises sous des arbres de part et d’autre bordent l’étroit passage menant à un entrepôt de 300 m2 qui fut une fabrique de présentoirs métalliques. A l’intérieur, sur la gauche un piano à queue, un Fender Rhodes et, au centre, des micros gérés par le discret régisseur, immuable depuis la création du festival, Xavier Bordelais - compagnon de route de Nicolas Genest depuis leurs tournées en Afrique en 1996. Le propriétaire des lieux est Christophe Simon, fondateur de la société Drillscan qui crée des logiciels de forage. Dix ensembles auront joué du 28 août au 6 septembre.


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Macha Gharibian © Frank Bigotte

Après le concert d’ouverture, assuré par le quartet de Masha Gharibian, deux groupes.

Vers 18 h c’est d’abord le duo du maître de cérémonie accompagné du pianiste Yvan Robilliard. Un jeune duo dont A Long Lone Way est à entendre de toute urgence. Membre du jury au Tremplin Jazz à la Défense en 2005, Genest s’était promis de travailler avec celui qui venait de remporter deux prix. L’un comme l’autre ont l’habitude des grandes formations, mais ici ils laissent place à une douce et délicate intimité. La tendresse de « Totem », suivie d’une envolée lyrique, impressionne. Le bugle de Nicolas évoque chaleur, sensibilité et la complicité des musiciens est totale. Les thèmes sont accrocheurs. Quand le trompettiste chante et raconte « Dombolo », on flaire le tube.

La nuit tombée, Kartet prend le relais. On retrouve Benoît Delbecq, Hubert Dupont, Guillaume Orti. L’habituel batteur Stéphane Galland, retenu par d’autres tournées, est remplacé par Francisco Cossavella, Argentin fraîchement installé en France. Les thèmes sont pour une part ceux de Grand Laps : reprise de « Possib’ » composé par Dupont, (The Bay Window) ou « Y » de Guillaume Orti, manifestement heureux d’être là. Comme pour bien des formations, les lieux manquent pour se produire. Pourtant cet orchestre de vingt ans est toujours aussi frais et séduisant ; le nouvel homme aux baguettes fait merveille de délicatesse. A suivre…

Il n’était pas question de manquer la première création de Jazz Métis par Nicolas Genest et Sobedo, avec Robilliard et le fidèle trombone de Daniel Casimir. Leur complicité date du Groove Gang de Julien Lourau. « Couleur » de Sobedo évoque l’Afrique, le métissage harmonique et le Bénin, pays où le trompettiste a ses quartiers et ses racines. Il y a rencontré en dix ans toute la jeune génération montante de musiciens de Cotonou : échanges et brassages harmonieux sont au programme. Ça pulse. Manu Falla est à la basse et Josa Christi à la batterie. Un démarrage sur les chapeaux de roue éclairé par un premier solo donné par un Robilliard toujours juste tout au long du concert. Suit « Beto » chanté le sourire aux lèvres ; « Legba » salue le vaudou et on goûte la finesse du percussionniste, « Get it on » (Casimir) et revoilà le « Dombolo » qu’on avait entendu en duo avec Robillard. La comparaison est intéressante avec cette version en quintet qui conserve toute sa liesse. Le concert se termine sur « Tamul’s Walk » déjà enregistré dans Sur les bords du Gange par l’orchestre Hati de Genest. Une fusion réussie, dans un environnement convivial et chaleureux.


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Magic Malik et Sarah Murcia © Igor Juget

Le duo de la contrebassiste Sarah Murcia et du flûtiste Magic Malik est le dernier concert auquel j’aurai assisté pour cette cinquième édition. Ceux-là aussi se connaissent depuis longtemps : Murcia a intégré en 2000 le Magic Malik Orchestra avant de monter Caroline. Leurs liens sont solides. L’un comme l’autre aiment à revisiter les répertoires les plus variés : on le constatera ce jeudi après-midi, quatre ans après leur premier duo. Murcia lance la note et c’est parti pour « Solar baby » où Malik se met aussi à chanter. Entre XP et un fou-rire phénoménal, plusieurs morceaux de variétés, de Jonasz à Francis Lai. Moments privilégiés à la tombée de la nuit. Le public, ravi, fredonne.