Chronique

De Beren Gieren

One Mirrors Many

Fulco Ottervanger (piano), Lieven Van Pée (contrebasse), Simon Segers (batterie)

Label / Distribution : Clean Feed

Les trois membres de De Beren Gieren, ours vautours plus dociles que rapaces, présentent cet album comme « une seule et même histoire », un continuum à trois dimensions peuplé de personnages qui se croisent, se regardent en chiens de faïence, se frottent, se piquent et, c’est bien le plus important, se lovent dans nos oreilles. De là à dire qu’il est plein d’animalité, non, car il est mené de main de maître.

Fulco Ottervanger, pianiste et compositeur des titres, amène une matière vivante. Tendue, elle crée un fil rouge autour duquel Lieven Van Pée (contrebasse) et Simon Segers (batterie) brodent d’autres motifs colorés, agrandissant la toile. Et quand ils jubilent, on jubile ! Leur « Rebel Jazz To Rebel Against » s’amuse à nous balancer d’une atmosphère à une autre.

Quand ils se font nounours c’est pour faire passer, l’air de ne pas y toucher, de vrais gimmicks, tels que le thème de « (De Zachte Jacht Op De) Volkswolf ». Des coups de griffes, l’album en donne également, sinon l’attention s’endormirait. Le superbe « Muziek Weet Niks » amène, dans des passages ténébreux tout en tension, des accélérations, des grondements du plus bel effet, frottés sur les toms ou résonnant dans la contrebasse. Des plages libres nous font traverser ces terrains voluptueux où d’autres trios piano-basse-batterie ont pu nous emmener. On pense aux Australiens de The Necks, que De Beren Gieren compte parmi ses influences inévitables.

Ce que le jeune âge de ces musiciens flamands ne dit pas, c’est qu’en plus d’une solide formation classique et de références éclectiques (ils ont partagé une tournée avec An Pierlé, perle pop belge), ils possèdent cette volonté farouche de faire une musique improvisée qui nourrisse le plus grand nombre.

Pour ce faire, avec flair, ils préfèrent les ambiances voilées de mystère à de frénétiques embardées polyphoniques. L’apport de chaque instrument est équitable, équilibré, peut être trop, mais on se voit mal leur reprocher une forme de légèreté. C’est elle qui prime et, finalement, ravit !

One Mirrors Many
concilie mélodies pop gracieuses, musique répétitive, parfois lente, méditative, rythmes irréguliers, ajoute quelques méandres bruitistes sur des titres échappatoires sans nom, de la plus douce des façons. Ce disque aux mille facettes éclaire. C’est brillant, c’est malin. On serait bête de ne pas s’y mirer.

par Anne Yven // Publié le 16 octobre 2016