Scènes

Eskelin/Parkins/Black

Le trio atypique investit Bruges


De Werf, Bruges, 11 mars 2002


Ellery Eskelin (ts), Andrea Parkins (acc, kb, laptop), Jim Black (d)

Au premier abord, on se demande comment un tel trio peut fonctionner. Pourtant, le trio Eskelin/Parkins/Black s’est forgé une identité forte au long de huit albums parus depuis 1994. Cette tournée européenne fait suite à l’album « 12(+1) Imaginary Views » paru récemment sur hatOLOGY. Au club brugeois De Werf, le trio a joué son présent, son passé et aussi son futur (morceaux non encore nommés).


Tout l’intérêt du groupe est d’avoir trois voix fort différentes toutes au premier plan. Le leader Eskelin est peut-être le côté « jazz » du trio. Il m’a confié que la musique du groupe lui permet de jouer beaucoup plus « jazz » qu’il ne le ferait dans un groupe de jazz plus classique. Ses lignes sont touffues et sérieuses, avec quelques explorations sonores intéressantes. Les quatre premiers morceaux du concert (tirés du dernier album) ont révélé le style de composition d’Eskelin : cyclique, fracturé et imprévisible car capable d’arrêter net une partie librement bruyante pour imposer une mélodie poignante au milieu du silence. On y retrouve donc autant de beauté minimaliste que de bruit dérangeant. De plus, toutes les géométries offertes par la formule du trio sont explorées : chaque musicien à l’occasion de jouer en solo ou en duo.


Jim Black s’amuse à balancer entre groove funk et bossa nova et commentaires beaucoup plus libres, avec autant de réussite. De cette manière, il peut déconstruire une bossa nova pour discuter avec ses partenaires, puis nous ramener de force sur une piste de danse imaginaire avec du funk bien sale en l’espace d’un morceau. Il a une manière d’être en perpétuel mouvement sans faire trop de bavardage inutile. Il est en plus un batteur agréable à voir jouer, très fluide.


Andrea Parkins, enfin, me semble être la peintre du groupe, celle qui donne véritablement la couleur à chaque morceau. Elle a exploré une vaste palette de possibilités électroniques : divers sons de clavier, des sons pré-enregistrés et des sons manipulés. Sur « 4 Chords », elle a utilisé un magnifique son filtré pour les quatre accords caractérisant le morceau et s’est samplée en temps réel, pour le rejouer à l’envers. Sur « Plastiche » elle a ajouté un côté « glitch » (malfonctionnement informatique) au son du clavier pour accentuer la violence du morceau.


Même si je n’ai pas tout compris ou apprécié à 100%, il me semble clair que ce groupe produit tout à fait logiquement de la musique d’aujourd’hui, sans chercher à s’inscrire dans un quelconque air du temps, mais en saisissant toutes les opportunités musicales qui s’offrent à lui.


Prochains concerts d’Ellery Eskelin en France et Belgique :

18-20 mars 2002
Bordeaux
21 mars 2002
Troyes
26 mars 2002
Nîmes
27 mars 2002
Metz
28 mars 2002
Gand
29 mars 2002
Lille
3 avril 2002
Paris (avec Vincent Courtois et Sylvie Courvoisier)
3 mai 2002
Le Mans (avec le Daniel Humair Quartet)


Prochains concerts De Werf :
12 april 2002
Aka Moon
13 avril 2002
Philip Aerts
23 avril 2002
Chico Freeman Y Guataca
24 avril 2002
Duo Ben Sluijs/Erik Vermeulen/Gilbert Isbin
Duo Beñat Achiary / Pedro Soler