Chronique

Evan Parker, Matthew Wright, Trance Map+

Crepuscule in Nickelsdorf

Evan Parker (ss), Matthew Wright (turntable, live sampling), Adam Linson (cb, electronics), John Coxon (turntable, electronics), Ashley Wales (electronics)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Dans la discographie pléthorique du saxophoniste anglais, le travail avec l’électronique n’est pas une pratique nouvelle. On se souvient de Free Zone Appleby où l’électronicien Joel Ryan traitait en temps réel les parties de saxophone (de même que celles de la basse de Barry Guy ou la batterie de Paul Lytton) ou encore de l’Evan Parker Electro-Acoustic Ensemble (plusieurs disques, la plupart chez ECM). En 2011, sortait le disque Trance Map en duo avec le platiniste [1] Matthew Wright. On retrouve ce dernier ici, en version augmentée, au côté de quelques-uns de ses collègues anglais, tous adeptes des productions sonores via les machines.

Excepté Adam Linson dont on reconnaît parfois la contrebasse, difficile de distinguer qui fait quoi dans ce buisson de propositions électroniques qui fourmillent en tout sens. Débutant avec beaucoup de poésie par des sons naturels à base de pépiements d’oiseaux de nuit ou de vents, les sons se métamorphosent au fil du temps en unité électronique et se mêlent les uns aux autres dans un tissu complexe parfaitement cohérent. Nulle opposition, en effet, entre le naturel et l’artificiel, et la perturbation induite chez celui qui écoute participe à une plaisante déstabilisation.

Comme un ruissellement qui va gonflant, le saxophone soprano d’Evan Parker prend sa place au centre de ce paysage mobile. Pratiquant la respiration circulaire qui est sa signature, il déroule un liseré cuivré qui apporte une chaleur supplémentaire à des ambiances entre chien et loup, sans jamais prendre la voie d’un discours narratif. Il produit ainsi un continuum aux variations incessantes qui agrège l’attention pour finir par se fondre également dans l’ensemble.

Le point fort de cette formation [2] réside évidemment dans l’interplay qui caractérise le quintet. Par la force de l’improvisation, ils atteignent des pics d’intensité et amènent la musique à un état de lévitation où tout fait écho dans un effet de miroitement permanent proprement magnétique.

par Nicolas Dourlhès // Publié le 22 décembre 2019
P.-S. :

[1Platiniste : musicien jouant des platines, pas (forcément) fan de Michel Platini

[2John Coxon joue avec Wadada Leo Smith. Depuis le début des années 90, Ashley Wales arpente les territoires de la musique électronique anglaise, jungle notamment, et s’oriente vers les formes les plus libres.