Chronique

Fuchsthone Orchestra

Peaks & Plots

Label / Distribution : Unit Records

Dans la grande traditions des orchestres de grand format allemands, le Fuchsthone Orchestra est une formation ambitieuse et aventureuse qui fait partie du paysage des big bands depuis maintenant presque dix ans. Il présente, comme outre-Atlantique Anna Webber et Angela Morris, une direction bicéphale opérée par les multianchistes Caroline Thon et Cristina Fuchs avec cette particularité de laisser vivre un répertoire toujours en construction. Cela donne, à la façon de « Taksim » et son travail sonore extrêmement précis et spatialisé accueillant volontiers l’électronique, un sentiment de grande liberté où les cuivres règnent en maîtres. Avec John-Dennis Renken à la trompette, mais surtout la grande liberté des trombones (ils sont quatre, dont Matthias Schuller, sur 23 pupitres), c’est un orchestre de dynamiteurs qui propose ce Peaks & Plots où il est grandement question de liberté.

Avec la vibraphoniste grecque Evi Filippou, musicienne rompue aux grands orchestres installée en Allemagne et à qui on doit un récent duo avec Robert Lucaciu, le Fuchsthone prend une nouvelle direction. Dès « Don’t Forget To Pay Your Bill », où s’illustre le tromboniste Moritz Wesp, on goûte à une mécanique solide et turbulente qu’on retrouve plus tard sur « Le Champ », inspiré des textes de Bourdieu. Filippou participe à un environnement à la fois abstrait et rythmiquement impeccable qui fait songer à un mélange entre le Big Band de Monika Roscher et le Cortege de Mike Westbrook. Ce sentiment doit beaucoup au violon de Zuzana Leharová et à l’électronique d’Eva Pöpplein, mais surtout à la chanteuse Fillipa Gojo qui est la troisième lame d’un orchestre largement féminin.

Extrêmement pointilleuses sur le son, Fuchs et Thon disparaissent volontiers dans un collectif extrêmement soudé. « Lai Nairs », composition de Fuchs, l’illustre, le batteur Jens Düppe et Filippou explorant avec la contrebasse d’Alex Morsey tout un monde abstrait dont l’orchestre va faire une tournerie festive sur le piano très rythmique de Laia Genc, dans une esthétique plus traditionnelle des grandes formations. L’approche très syncrétique du Fuchsthone en fait tout le charme, d’autant plus quand, comme ici, elle se double d’une grande efficacité.

par Franpi Barriaux // Publié le 31 mai 2026
P.-S. :

Christina Fuchs & Caroline Thon (comp, dir), Roger Hanschel, Julian Drach, Veit Lange, Jens Böckamp, Kira Linn (saxes), Simon Eckert, Johannes Knoll, John-Dennis Renken, Matthias Bergmann (tp), Philipp Schittek, Matthias Schuller, Moritz Wesp (tb), Wolf Schenk (btb), Zuzana Leharovà (vln), Fillippa Gojo (voc), Laia Genc (p), Andreas Wahl (g), Alex Morsey (b), Jens Düppe (d), Eva Pöpplein (elec), Evi Filippou (vb)