Scènes

Jazz en confidence chez les corsaires…

Duo Airelle Besson - Vincent Segal à Saint-Malo 23-09-2017


Airelle Besson & Nelson Veras au théâtre Chateaubriand de Saint-Malo

Depuis bientôt 15 ans, les adhérents de la Fabrique à concert et sa présidente Véronique Delesne sont au service du jazz à Saint-Malo, pour la plus grande satisfaction des amateurs. Régulièrement, ils remplissent à ras bord l’adorable Théâtre Chateaubriand intra-muros où ils organisent quatre concerts par an. C’était encore le cas le 23 septembre dernier pour le concert d’Airelle Besson et Vincent Segal.

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Airelle Besson par Philippe Colliot

Le Théâtre Chateaubriand est un petit bijou de théâtre à l’italienne doté d’une acoustique exceptionnelle. Quand ils s’en sont aperçus, Airelle Besson (trompette) et Vincent Segal (violoncelle) ont immédiatement proposé de jouer sans amplification. Le résultat était à couper le souffle : des instruments bien équilibrés dont on perçoit la moindre inflexion et un sentiment de proximité avec les artistes qui décuple l’émotion. Chacun pouvait avoir l’impression d’accueillir les deux artistes au coin du feu.

Le concert commence avec « Blossom », une composition d’Airelle Besson enregistrée avec Vincent Segal et qui figure sur le 45 tours de la trompettiste Airelle Besson invite Vincent Segal, Sebastian Sternal et Jonas Burgwinkel (Airelle Besson & Jazz sous les pommiers, 2017). La pièce comporte un thème qui se vrille immédiatement dans vos oreilles comme Airelle en a le secret. Elle est un peu à l’image du concert qui passe volontiers de la mélodie méditative à un rythme léger voire sautillant, comme le « Passa Quatro » de Vincent Segal (Musique de Nuit, 2015).

Le répertoire alterne les compositions d’Airelle et celles de Vincent. La reprise, très originale dans ses arrangements, de « Neige » (Airelle Besson, Prélude, 2014) comporte un passage interprété de façon très délicate sur la chanterelle du violoncelle. Celle de « Pouki-Pouki » (idem), deux pièces créées avec Nelson Veras, met en évidence la vélocité d’Airelle, tandis que Vincent l’interprète en se servant de son violoncelle comme d’une guitare. Le procédé est repris dans « Air Elle » (titre composé par Segal dès les débuts du duo) où le violoncelle assure la rythmique et la trompette la mélodie. Dans une pièce qui rappelle Jobim, la trompette d’Airelle évoque irrésistiblement le chant et la complicité évidente des deux musiciens est à l’image de celle qui unissait la trompettiste et Nelson Veras. C’est au moins aussi net dans « Everything Happens to Me », le standard signé par Tom Adair et Matt Dennis, illustré entre autres par Chet Baker.


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Vincent Segal par Philippe Colliot

Ce dernier titre, où le ton de la confidence tient une grande place, est finalement l’image dominante qui me reste du concert, celle d’une forte tonalité élégiaque. La mélopée qu’on vous susurre à l’oreille est celle d’une musique qui échappe à tous les genres, fortement présente et pourtant intemporelle. C’est celle qu’on entend aussi dans « Lulea’s Sunset » d’Airelle.

Si l’on en juge par l’accueil enthousiaste du public, ce soir, le duo Airelle Besson & Vincent Segal, l’un des plus talentueux et des plus attachants du moment, est voué à une longue carrière et l’on s’en réjouira.