Chronique

Jean-Marie Machado

Como As Flores

Jean-Marie Machado (p), Claude Tchamitchian (b), Zé Luis Nascimento (d)

Label / Distribution : La Buissonne

Il est bon de commencer par le benjamin Zé Luis Nascimento, moins connu que ses deux associés mais tout aussi valeureux. L’atmosphère chargée de parfums exotiques qu’il génère dans « Transvida » nous ensorcelle d’entrée. Originaire de Salvador de Bahia, il serait réducteur d’imaginer que son talent de percussionniste se cantonne à la musique brésilienne. Tout comme Naná Vasconcelos, il a rapidement fait ses preuves en traversant l’Atlantique pour se confronter à d’autres mondes musicaux. Ses collaborations avec Jean-Luc Ponty et Michel Legrand l’ont embarqué dans les subtilités du jazz sans qu’il ne néglige pour autant la chanson à texte en accompagnant impeccablement Georges Moustaki ou Cesaria Evora. Como As Flores est imprégné par sa délicatesse et la façon dont il rehausse les phrasés de ses deux partenaires avec ses baguettes magiques.

Le moteur de cet album, ce sont les Suds : Tanger, la ville de naissance de Jean-Marie Machado, son père portugais, sa mère italienne et l’Arménie enfouie dans les songes de Claude Tchamitchian. « Valsa ouriço » virevolte et semble inarrêtable, le piano ponctue le déroulement mélodique et la contrebasse s’envole, lyrique, sans jamais négliger le tempo. « De memorias e de saudade » invite au recueillement et révèle la part de romantisme qui fait de Jean-Marie Machado un pianiste exceptionnel. Son jeu tout à la fois expressif et pudique est ici mis en valeur par une progression harmonique, véritable éloge de la lenteur. Suffisamment nerveuse, la relecture de « Nardis » de Miles Davis fait preuve de hardiesse, ce sont des soubresauts qui se succèdent et font de ce morceau un pur joyau.

Les compositions révèlent des secrets inattendus. « Le Voleur de fleurs » qui, au détour d’une phrase, suspend le temps et laisse Zé Luis Nascimento exprimer sa fougue avec détermination, et « Perdido em clareza » submergé par l’archet magique de Claude Tchamitchian. Ces moments forts nous régalent et illustrent l’écriture raffinée de Jean-Marie Machado, lui qui a si bien mis en valeur les langages sans pareils de Dave Liebman, Jean-Marc Padovani ou Paul Motian. Traversé par une multitude d’émotions, Como As Flores s’écoute en continu avec un plaisir intense.

par Mario Borroni // Publié le 22 février 2026
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