Joëlle Léandre & Andrzej Karałow
Flint
Joëlle Léandre (b), Andrzej Karałow (p)
Label / Distribution : Fundacja Ensemblage
Auteur en 2023 d’un très joli Stone Music, proche d’une musique contemporaine raffinée et très instinctive, le pianiste Andrzej Karałow fait partie de cette jeune génération polonaise qui entretient à merveille la porosité entre musique improvisée et musique écrite complexe. En témoigne son album Songlines, où un chanteur lyrique et différents instrumentistes interprètent les partitions du pianiste. Il y a pour ces artistes des confins une forme de gageure à échanger avec Joëlle Léandre, improvisatrice légendaire et grande interprète des partitions de Scelsi ou de Cage. Ainsi, le jeune Karałow acquiert ses lettres de noblesse avec Flint, une autre façon de continuer à parler de pierres [1].
C’est à l’archet qu’on retrouve Joëlle Léandre. Un archet qui sonde, qui se plaît dans les profondeurs. Un archet qui libère un piano d’abord taiseux qui lui aussi s’intéresse aux infrabasses, d’où il ressort parfois en fines gouttelettes cristallines (« Flint 4 ») ou en gisements spasmodiques comme un volcan au réveil difficile, d’abord taiseux, frôlant les cordes dans les entrailles du piano, avant d’émerger par-delà l’archet de plus en plus fortissimo (« Flint 9 »). Il n’en faut pas davantage à Joëlle Léandre pour se mettre à durcir le trait, comme un fusain épais au pouvoir constricteur.
Egalement photographe, comme on peut le voir sur la très belle pochette, Andrzej Karałow est amateur d’une image dure, contrastée, avare de détails. Sa musique, sobre voire étique, est elle aussi ancrée dans cette esthétique. La rencontre avec Léandre est dans ce registre, montant peu en pression (« Flint 2 », pour contredire ces propos) mais s’inscrivant dans ce fameux biotope de rocaille qui est celui de Flint, à la fois tranchant et friable. Avec un choix de morceaux courts, tout comme le disque, Karałow et Joëlle Léandre offrent un panorama à la beauté monochrome et pourtant changeante qui trouve son point d’orgue dans un très beau « Flint 3 », nerveux et tortueux qui ne ne s’éloigne jamais beaucoup d’un silence à peine troublé et perçu comme pur.
