Chronique

Julian Sartorius

Zatter

Julian Sartorius (dms, perc, bells, glockenspiel, objets)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Ce jeune batteur suisse qui joue depuis de nombreuses années avec le saxophoniste Christoph Erb au sein du quartet Lila ou de Big Veto, mais aussi dans le trio de Colin Vallon compte parmi les rythmiciens fanatiques de l’objet. Ici, qu’elles soient frappées, caressées, griffées, toutes les surfaces sensibles et les matières tintinnabulantes sont vouées à la percussion. C’est ainsi qu’en 2011 Julian Sartorius a enregistré un Beats Diary de 365 pièces qui ne manquait pas de faire songer au Journal des épisodes de son confrère Michel Lambert. À ceci près que Sartorius est seul, entouré de ses objets, pour mettre en résonance un monde qu’il maîtrise avec application.

C’est tout le sujet de Zatter, son solo paru sur le label Intakt Records. Dans « Maali », où des bols tintent dans une mécanique huilée qui se propage à l’infini, on a l’impression d’entendre une construction qui génère une sorte de chaos mécanisé où Sartorius ajoute subrepticement de nouveaux ingrédients. Le rythme ne varie pas, même si des craquelures se font jour. Elles transportent l’auditeur dans une forme de transe créée par la densité. La passementerie étouffante des rythmes se retrouve partout, quel que soit le timbre, depuis le cristal tournoyant de « Tscholi » (qui évoque un improbable morceau acoustique d’Aphex Twin) jusqu’au chant des peaux frottées de « Wirs » qui donne le tournis.

On trouve de tout dans l’accumulation studieuse de ce percussionniste : des cymbales et des balles en caoutchouc, des cloches pyrénéennes et des tubes… chacun définit sa place et son rôle, fût-il minime. Cela évite à ce disque de tourner à la démonstration ou au déballage dominical de la caisse à outils. Longtemps, Sartorius a usé d’instruments bardés d’électronique pour explorer les sons. Avec Zatter (mot intraduisible de la langue populaire du canton de Berne qui sous-entend le chaos), il tente de raviver ces sonorités et ces procédés, mais en acoustique. Pari réussi, même si l’atmosphère lancinante s’avère parfois rebutante. La luxuriance d’un morceau comme « Tribel », déluge perpétuel de rythmes contraires, mérite cependant une écoute attentive.