Chronique

Omri Ziegele Where’s Africa

Going South

Omri Ziegele (as, fl, voc) ; Yves Theiler (Keyb, voc) ; Dario Sisera (dms, perc)

Label / Distribution : Intakt/Orkhestra

Plus connu pour son orchestre Billiger Bauer, le saxophoniste zurichois Omri Ziegele présente avec Going South son second album sous le nom de Where’s Africa ; le premier, sorti en 2005, était un duo avec Irène Schweizer. Treize ans après, c’est en trio qu’on le retrouve à questionner le rythme et les racines africaines du jazz en compagnie du batteur Dario Sisera et du fidèle Yves Theiler. Même si l’intention reste identique - mêler rythmes complexes et chants marqués par le rock et le blues - elle prend maintenant une apparence plus urbaine (« Camel, Where’s My Land ? »). Le jeune claviériste, ici dans un registre électrique qu’il avait éprouvé avec son trio dans Dance in a Triangle, avait déjà rencontré Ziegele il y a cinq ans à l’occasion de Inside Innocence. Cette parution remarquée du label Intakt, soutien fidèle du saxophoniste, présentait des atmosphères contrastées, loin de la luminosité omniprésente de ce Going South où Ziegele et Theiler donnent parfois de la voix pour marquer une scansion et se montrer joliment volubiles et pleins d’énergie (« Space »).

Ziegele était à Londres dans les années 80, avec Chris Biscoe comme professeur. Même si son propos est moderne, nullement empreint de nostalgie, on ne peut que songer à la réelle admiration que le saxophoniste porte toujours aux chimères de la World Music mais surtout à des orchestres sud-africains tel que Brotherhood of Breath. Un morceau comme « Make Me Mad » et sa tournerie sautillante bien tenue par Sisera, en témoigne. Il en est de même pour le joyeux « Afreaka », écrit par Theiler, qui montre avant tout la grande proximité entre le clavier et un alto soudain très sanguin. Une intimité qui gomme les générations d’écart.

Si quelque chose les sépare, c’est la façon dont s’exprime la recherche d’altérité qui caractérise ce Going South. Le soufflant fait feu de tout bois, s’agite ou même danse avec une certaine grâce, à l’image de « Laughing Your Tears Away », toujours sur la brèche. Sans surprise, Theiler est plus bâtisseur, visitant notamment avec un certain bonheur les basses de ses claviers, ce qui donne là aussi une belle puissance. Avec ce disque, il n’est pas certain qu’on ait avancé sur la recherche promise de l’Afrique. Mais tout aura été bien exploré avec une appétence pour la découverte plus que pour la conquête : le plaisir du jeu.