
On aime Le Mirifique Orchestra : étrange équipage où musiciens classiques et jazzmen avancent ensemble sous la direction alternée d’Alban Darche et d’Emmanuel Bénèche.
On aime leurs arrangements somptueux, leur luxuriance de gourmets, cette manière de faire cohabiter raffinement et sourire.
On les retrouve avec Les Tableaux, disque assorti d’un livret contenant les reproductions de peintures que Béatrice Menuel a créées pour l’occasion.
La musique se veut inspirée par les Tableaux d’une exposition, série de dix pièces pour piano entrecoupées de « promenades », composée par Modeste Moussorgski en 1874 .
Alban Darche ne cherche, évidemment, ni l’adaptation fidèle ni le simple hommage. S’emparant du principe, il invente autre chose. Presque toutes les pièces – habillées de bois et de cuivres, avec parfois l’ombre discrète d’un clavier – sont autant de nouveaux paysages enchantés, fantaisies ornementées, scénettes cocasses et raffinées.
Les clins d’œil à Moussorgski restent pourtant bien présents. On les entend dans certains motifs, dans ce thème générateur de cinq sons où se croisent quarte ascendante et tierce mineure descendante, rappelant cette couleur orientale que la musique russe porte souvent en elle. Sur « Le Désert du Fourre-s’y-tout », cette coloration vire même à l’ostensible.
Le long de ces « Promenades », on pense cependant moins à la Russie du XIXe siècle qu’à la France des Années folles. À l’orchestration de l’œuvre moussorgskienne par Maurice Ravel en 1922, bien sûr. Aux Ballets russes, certes, mais vus depuis le Paris livré aux facéties du Groupe des Six. On pense aussi à Cocteau, à Max Jacob, à cette époque où le classicisme découvrait le swing et où l’absurde flottait, léger, dans l’air du temps.
Traverser le musée de Montalendroit donne l’occasion de croiser un vicomte inquiétant, des souris, des clous, une montgolfière. Tout un imaginaire évoquant, aussi, Claude Ponti travaillant avec André Popp.
C’est merveilleux, enfantin parfois, tout en étant savant et complexe.
