Chronique

Liv Andrea Hauge Trio

Døgnville

Liv Andrea Hauge (p), Georgia Wartel Collins (b), August Glännestrand (d)

Label / Distribution : Hubro

Liv Andrea Hauge n’a pas pour habitude de tourner autour du pot. Elle nous fait partager ses sentiments profonds avec ce titre, Døgnville, qui en norvégien décrit la sensation d’être en décalage avec la réalité, dans un état proche de l’insomnie. La pianiste a écrit une partie des compositions de ce troisième disque en trio qui succède à Live From St. HanshaugenVille et Blomster alors qu’elle était alitée et atteinte d’une forte fièvre. N’est-ce pas là une occasion unique de se plonger dans le subconscient d’une artiste incontournable qui signe ce nouvel album avec ses fidèles partenaires musicaux ?

Depuis 2022, la contrebassiste Georgia Wartel Collins et le batteur August Glännestrand visent la perfection musicale. La notion d’écoute partagée prend une importance capitale avec les morceaux où règne la sérénité. « Natt Natt Natt » s’intensifie avec des ponctuations solides développées par Liv Andrea Hauge à la main gauche. Élégant, « Karja » dédié à la pianiste estonienne Kirke Karja, procure des sensations plaisantes de changements d’ambiances. La trame musicale basée sur une sonorité dynamique s’y transforme astucieusement. Les répétitions successives du trio ont façonné un terreau fertile qui sert de tremplin pour alimenter les nouvelles compositions. Cette alchimie collective produit des moments exaltants à l’image de « Vi er » et « Sval », animés par les balais délicats qui caressent les fûts de la batterie, ainsi que « Rukla » qui brille par sa spontanéité.

La thématique de Døgnville privilégie un sens profond de la mélodie allié aux arrangements hardis de Liv Andrea Hauge. La générosité avec laquelle la pianiste renouvelle la formule classique du trio piano, contrebasse, batterie l’installe comme une artiste majeure du jazz contemporain.

par Mario Borroni // Publié le 23 novembre 2025
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