Chronique

Lovers

Lettres d’amour

Linda Oláh (voc, elec), Giani Caserotto (g, elec)

Label / Distribution : Auto Productions

Un gros son qui s’étend, répétitif comme une vague, une guitare aigrelette qui le malaxe, elle aussi prisonnière d’une boucle jusqu’à ce qu’une voix pleine d’une douceur sauvage vienne l’en faire sortir. Ce sont les premières secondes de « Blue Velvet », le premier morceau de Lettres d’amour, nouvel album du duo Lovers qui réunit le guitariste Giani Caserotto et la chanteuse Linda Oláh. Tous deux sont follement électroniciens et cela nimbe cette pop vénéneuse et très raffinée de toutes les fragrances nécessaires. Conçu comme ces carnets de route qui témoignent d’un voyage, Lettres d’amour relate neuf ans d’une amitié profonde et créative, et nous donne envie de nous perdre dans le nuage psychotrope des affinités électives (« Stop Reasoning With my Heart »)

C’est avec grand plaisir que l’on retrouve la Linda Oláh de Belle, son projet suédois, avec cette grâce éthérée qui la caractérise et qui va toujours quérir l’intime au plus profond, avec la douceur soyeuse des voiles électroniques qui habillent sa voix. « Summer Dreaming », et sa guitare qui ondule comme la surface d’un étang sous le vent chaud, est un de ces écrins naturels avec sa mécanique fragile, probablement altérée, qui nous emmène vers un ailleurs qui ne se trouve que dans les songes. « Let Us Be Real » et cette voix qui semble sortir d’une brume épaisse et étrange en est sans doute la plus belle des représentations.

C’est une amitié forte et une vraie complicité entre deux musiciens qui a créé Lovers. Ces atomes crochus se li(s)ent dans leur musique : il y a une force irréfragable dans le lien qui les attire. Dans ce lent pas de deux venu des entrailles du son sur le méphitique « Dancing in The Dark » où l’électronique perd tout repère, où la guitare devient tambour et où seule la voix de Linda Oláh sait s’évader de cette étreinte et flotter dans le « Love » le plus total. Lovers, c’est l’histoire presque incroyable d’un vrai amour, pur et pleinement platonique entre deux créateurs d’univers convaincus par des épousailles musicales pleines de douceur charnelle. On voyage dans cette musique avec ce qu’il faut de ravissement et même une pointe de jalousie pour un sentiment aussi pur.

par Franpi Barriaux // Publié le 21 décembre 2025
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